Mardi, le constructeur allemand Daimler (Mercedes) a confirmé son intention de vendre sa participation de 5,34% dans l’entreprise indienne Tata. Erreur stratégique? On peut se poser la question alors que les marchés indien (+ 17,9%) et chinois (+ 30,2%) ont permis aux constructeurs européens de compenser partiellement, en 2009, l’effondrement des ventes aux Etats-Unis (- 37,6%) et l’anémie européenne (- 1,6 %). Philippe Varin, patron du groupe Peugeot-Citroën (PSA), a aussi annoncé, il y a une semaine, sa renonciation à entrer dans le capital du japonais Mitsubishi.

Contrairement aux apparences, la soif de larges collaborations est vive parmi les constructeurs. C’est une réponse aux gros défis techniques et stratégiques pour s’assurer une place de choix dans les marchés émergents et sur celui des véhicules électriques. «On serait surpris d’apprendre combien de constructeurs discutent en ce moment de coopérations spécifiques», a déclaré Carlos Ghosn, patron de Renault-Nissan, présent au salon de l’automobile de Genève, cité par «Automotive News». L’examen de détail des décisions de PSA et Daimler montrent que ces constructeurs ne tournent pas le dos à des collaborations. Le constructeur français, qui avait, au départ, commandé 25 000 voitures électriques à Mitsubishi, a signé lundi un accord avec le constructeur japonais pour la livraison de 100 000 véhicules jusqu’en 2015. Ils seront transformés en Citroën C-zéro et en Peugeot iOn. La production devrait commencer en octobre. PSA renforce sa collaboration avec Mitsubishi mais ne voulait pas s’engager dans une coûteuse opération d’achat d’une forte minorité du capital du constructeur japonais. Les fonds à disposition des constructeurs sont très limités après la crise de 2009. Personne ne peut tabler sur une reprise solide et emprunter en anticipant de ventes en nette hausse en 2010 ou 2011.

Ecart de compétitivité

Philippe Varin tente d’internationaliser le groupe, mais se heurte à une quasi impossibilité de toucher à l’emploi en France après les efforts du gouvernement faits dans la prime à la casse et le soutien financier des constructeurs. Lors d’une récente rencontre avec la presse, il a démontré qu’il est confronté à la quadrature du cercle. «Sur chaque véhicule fabriqué en France on perd 400 euros, comparé au coût de fabrication en Allemagne. En neuf ans, le rapport entre la compétitivité française et allemande s’est inversé», explique-t-il. Selon, lui la réduction de la taxe professionnelle ne compense qu’un huitième du différentiel de productivité. Que faire? Philippe Varin appelle le gouvernement français à «soutenir la compétitivité», en suggérant une redistribution partielle de la taxe carbone aux constructeurs innovants.

Au chapitre du renforcement des collaborations sectorielles fructueuses mais moins coûteuses qu’une participation au capital ou une fusion, PSA développe sa recherche de nouveaux moteurs qui équiperont les Mini, marque propriétaire de BMW. Le constructeur allemand, dont la petite taille est critique mais qui serait le rare a avoir les moyens financiers d’une fusion, refuse également cette voie. «Nous devons protéger l’image et la valeur de nos marques, tout en multipliant les synergies offertes par les collaborations», explique au Temps Ian Robertson, membre du directoire de BMW.

Accords hors cadre

Ces collaborations s’étendent hors des domaines traditionnels des constructeurs. BMW a ainsi investi, de manière minoritaire, dans une entreprise américaine spécialisée dans les nouveaux matériaux, le carbone en particulier. L’idée consiste a acquérir de l’expérience pour alléger les véchicules, et tout particulièrement les nouveaux véhicules électriques dont le poids des batteries constitue un lourd handicap. De nouveaux types de collaborations apparaissent, entre les villes et les constructeurs par exemple. D’autres suivront, avec les fournisseurs de courant électrique.

«Nissan a déjà signé des contrats de partenariat avec une cinquantaine de villes», explique Colin Dodge, vice-président du groupe japonais propriété de Renault.

En vendant sa participation dans Tata, Daimler entend simplement retirer quelque 300 millions d’euros qui seront sans doute investis dans de nouvelles collaborations. Le constructeur allemand a récemment signé un partenariat avec le chinois BYD pour lancer, en Chine une voiture électrique. Daimler investira deux milliards d’euros en deux ans dans de nouveaux modes de propulsion.

Un problème demeure: la capacité de production mondiale dépasse la demande de 30 millions de véhicules.