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Les courtiers en devises ont été mis en déroute par l’annonce de la BNS

Swissquote a créé une provision de 25 millions de francs en raison des pertes subies par ses clients. Alpari, à Londres, est insolvable. Global Brokers NZ a cessé ses activités à Auckland. FXCM négocie avec les autorités américaines pour rehausser ses fonds propres

Les courtiers en devises ont été mis en déroute par l’annonce de la BNS

BNS Swissquote a créé une provision de 25 millions de francs en raison des pertes subies par ses clients

Plus grave, Global Brokers NZ a cessé ses activités à Auckland et le londonien Alpari est insolvable

De Genève à Auckland, les courtiers en ligne actifs dans le négoce en devises ont constaté les dégâts vendredi. Suite à l’onde de choc survenue sur les marchés jeudi après l’annonce de la BNS, les pertes ne se sont pas limitées aux seuls clients mais elles ont affecté les sociétés elles-mêmes. Les plateformes de négoce en devises permettent en effet aux clients d’opérer avec un effet de levier, finançant les positions spéculatives prises par ceux-ci.

Quand ces derniers sont pris à revers, il n’y a parfois plus rien à récupérer. C’est ce qui s’est passé sur le segment eForex, spécialisé en devises, de Swissquote. Vendredi, la banque en ligne vaudoise a communiqué avoir constitué une provision de 25 millions de francs dans ce but en raison des pertes subies par ses clients.

Swissquote a-t-elle des chances de récupérer ces montants auprès de ses clients? Andreas Brun, analyste à Banque Cantonale de Zurich (BCZ), en doute: «Les clients qui ont été pris à contre-pied par l’annonce de la BNS opèrent souvent avec des leviers de 1 à 50, parfois même de 1 à 100. Dans de tels cas, le risque de pertes est élevé.»

Swissquote ne peut-elle pas leur réclamer un remboursement? «La société va leur demander de ramener leur compte à l’équilibre. Et peut-être que certains clients vont le faire. Toutefois, 90% des utilisateurs du service eForex de Swissquote sont des clients internationaux. Beaucoup sont en Asie. Les démarches nécessaires pour récupérer de tels montants sont compliquées à faire», relève l’analyste. Il en va différemment du négoce en actions, où environ 95% des clients de Swissquote sont en Suisse.

L’appréciation du dollar face au franc et à l’euro depuis l’été est un autre facteur qui explique ces pertes. «Beaucoup de traders pensaient que le dollar ne pouvait évoluer que dans un sens», poursuit l’analyste de la BCZ. Sa valeur est passée à 0,87 franc par dollar fin mai pour remonter à la parité début janvier. Jeudi, il est retombé à son niveau de mai.

Malgré la provision portée en compte par Swissquote, son ratio de fonds propres Bâle III (CET 1), situé à 17%, reste suffisant. Pour 2014, ses revenus atteindront 145 millions de francs et un bénéfice avant impôts d’environ 28 millions.

Le cas de Swissquote n’est pas isolé. Basé à Londres, le groupe IG, aussi présent à Genève, a indiqué hier qu’il pourrait avoir perdu jusqu’à 30 millions de livres (39 millions d’euros). La banque danoise Saxo, aussi présente en Suisse, a, elle, dû réexaminer «de manière prudente» toutes les transactions passées jeudi par ses clients dans un contexte de liquidité «quasiment inexistante», a-t-elle indiqué hier dans un communiqué. Les déboires subis par une partie de ses concurrents lui ont profité: certains clients d’autres banques en difficulté ont transféré leur compte chez Saxo, a-t-elle ajouté.

Plus grave, la société britannique Alpari a annoncé vendredi être en cessation de paiement. «Quand un client ne peut pas couvrir ses pertes, celles-ci nous sont transmises», a indiqué la société. Pire encore, la société néo-zélandaise Global Brokers NZ a, elle, mis la clé sous la porte. Basée à Auckland, elle ne dispose plus des capitaux suffisants pour répondre aux exigences des autorités néo-zélandaises.

Le courtier américain FXCM, leader outre-Atlantique et en Asie, a, lui, indiqué vendredi ne plus être en mesure de respecter certains ratios réglementaires. Les pertes enregistrées par les clients de la société sont telles que ceux-ci lui doivent 225 millions de dollars. Elle négocie avec les autorités de surveillance des solutions pour ramener ses ratios de fonds propres aux niveaux d’avant jeudi.

Faut-il craindre une amplification des pertes? Les spécialistes de la branche tempèrent. Beaucoup de clients ont subi des pertes importantes à leur niveau mais celles-ci restent faibles à l’échelle des marchés. «Il n’y a pas de risque systémique», juge un expert basé sur l’Arc lémanique. Reste que l’ampleur des dégâts n’est pas insignifiante. Citi, leader sur le marché des devises, aurait perdu à elle seule 150 millions de dollars suite à la décision de la BNS.

«Beaucoup de clients qui ont tout perdu sur le cours franc-dollar sont en Asie. Ils seront difficiles à poursuivre»

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