L’Etat réglemente, autorise, surveille et fixe les tarifs. Les pharmas se satisfont de la hausse des coûts de recherche et développement puisqu’ils peuvent la répercuter sur les prix des nouveaux médicaments. Existe-t-il des solutions à ce problème de société?

Le coût de développement d’un nouveau médicament s’élève maintenant à 2,6 milliards de dollars, selon les économistes Joseph DiMasi et Henry Grabowski, du Tufts Center for the Study of Drug Development. Les deux chercheurs attribuent le problème à la quantité des projets de recherche incapables d’obtenir l’autorisation de commercialisation en raison des exigences accrues des autorités américaines de la FDA. «L’augmentation des coûts se traduit par une diminution des découvertes, des développements et des commercialisations de nouvelles molécules, une réduction des pressions concurrentielles et une hausse des prix», explique le professeur David Henderson et le consultant Charles Hooper, dans une étude du Cato Institute.

Encore pire avec Hillary Clinton?

La situation devrait même empirer. Hillary Clinton, sans doute la prochaine présidente des Etats-Unis, promet d’isoler davantage le patient des prix des médicaments. Il n’y a pas qu’Emmanuel Macron qui soit en marche. L’étatisation de la santé l’est également.

Certes «le laisser-faire n’existe pas sur ce marché», déclare Kenneth Arrow, prix Nobel d’économie dans une interview au Stigler Center. Environ 50% des coûts de la santé sont payés par l’État. L’économiste écrivait en 1963 déjà qu’il n’était pas possible d’employer les modèles de marché concurrentiel dans cette branche. Âgé aujourd’hui de 94 ans, il critique par exemple le fait que la loi américaine empêche Medicare (l’assurance pour personnes âgées) de négocier les prix des thérapies avec les pharmas. «En cinquante ans, le système ne s’est pas amélioré. Il n’est en tout pas devenu plus efficace en élargissant la couverture d’assurance à davantage de personnes. Sa complexité s’est accrue avec sa taille», observe-t-il.


Des solutions existent. Kenneth Arrow propose un système où n’existerait qu’un seul acheteur. On créerait un monopole d’achat (monopsone). Cette idée s’accompagnerait de graves effets secondaires. Si le gouvernement ne parvenait pas à s’entendre avec un groupe pharma, c’est toute la population qui n’aurait pas accès à une innovation, ainsi qu’en témoigne l’exemple récent du Perjeta (contre le cancer du sein) de Roche au Royaume Uni.


La santé est une branche très particulière. Le patient veut réduire au plus vite ses douleurs et n’a pas la possibilité de faire jouer la concurrence. L’entreprise pharmaceutique est pour sa part protégée de la concurrence durant dix ans par un brevet. Elle est dédommagée pour ses efforts de recherche par la garantie d’un monopole. C’est le prix de l’innovation. Une idée en partie discutable.

Le problème des thérapies combinées

La situation actuelle est problématique: Un Etat hyper puissant négocie avec des groupes pharmaceutiques de plus en plus grands. Ce combat de géants ne profite pas au consommateur. Ce dernier est soumis aux conséquences imprévues de l’action de l’État et au pouvoir du lobby pharmaceutique. Les barrières à l’entrée sont si élevées qu’une «ubérisation» de la branche n’est pas possible.

La question du prix est rendue d’autant plus compliquée par le fait que certains médicaments sont plus efficaces s’ils sont administrés en combinaison avec d’autres qu’isolément. «Il n’est pas admissible que les thérapies combinées conduisent à une explosion du prix», ainsi qu’en convient Severin Schwan, patron de Roche, dans la NZZ am Sonntag.

Tout le monde s’accorde à reconnaître les effets néfastes sur les prix du durcissement des conditions d’autorisation des médicaments par la FDA. Pourquoi refaire des tests complets sur une substance active déjà approuvée lorsque la seule nouveauté porte sur le mode de transmission? D’ailleurs les excès sont parfois punis par le marché lui-même. C’est le cas de Turing Pharma, qui avait augmenté le prix du Daraprim (contre le cancer) de 5000% en un jour, et qui a ensuite perdu 70% de parts de marché.

La meilleure solution consiste «non pas à combattre l’industrie pharmaceutique, mais à assouplir diverses lois et à stimuler l’arrivée de nouveaux médicaments», affirment Charles Hooper et David Henderson. Plutôt que d’accroître des interventions étatiques aux effets contraires à leur objectif, mieux vaudrait accroître les autorisations de médicaments sur ordonnance et en vente libre ainsi que permettre une plus forte participation des patients aux coûts.


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