Revue des idées économiques

Le coût réel de la violence organisée

Le coût des guerres civiles dépasse largement le montant total de l’aide au développement, selon une étude sur le coût de la violence organisée.

Le Nobel de la paix est décerné, mais quel est le coût économique de la guerre et de la violence organisée? La recherche économique a étrangement tardé à se pencher sur le thème. Le récent livre de Joseph Stiglitz sur le coût de la guerre en Irak a rencontré un si vif écho qu’un virage s’est produit. Stergios Skaperdas vient d’écrire une intéressante synthèse de l’état des réflections(1). Son étude n’aborde pas le crime organisé, lequel représenterait tout de même le cinquième du PIB mondial. Elle porte sur les conflits internes, les guerres entre Etats et terrorisme.

Au total, le coût annuel des guerres civiles représente 123 milliards de dollars, soit l’équivalent de toute l’aide au développement. Et si l’on intègre les coûts indirects, un chercheur l’estime à 250 milliards de dollars en moyenne.

Les guerres civiles sont donc extrêmement coûteuses. Leur durée moyenne est de 7 années et 16 millions de personnes au minimum y perdent la vie dans le monde tous les ans. Le budget militaire supplémentaire qui en résulte s’accroît en moyenne de 2,2% du PIB. Ce type de conflit se traduit aussi par des destructions d’infrastructures ou de bétail. Mais il n’est pas aisé de les quantifier. Au Mozambique, on pense que 20% du bétail a été perdu entre 1980 et 1993 et que 60% des écoles ont dû être fermées.

Les capitaux fuient aussi ce type de pays. La part des fortunes détenues à l’étranger en raison d’un conflit interne passe de 9% avant le conflit à 20% à son terme. La croissance est aussi pénalisée. Le PIB croît de 2,2% moins vite qu’en temps de paix, selon une étude datant de 1999. Certains experts pensent que la réduction est plus proche de 6%. A titre d’exemple, le PIB par habitant de l’Afghanistan a diminué de 20% entre 1980 et 1990. et de 7,5% entre 1990 et 1995.

Le coût humain est encore plus considérable. Selon les estimations du prix Nobel Joseph Stiglitz, la valeur statistique de la vie est de 7,2 millions de dollars pour un Américain tombé en Irak. Skaperdas estime impossible de généraliser ce chiffre, mais si la valeur d’un citoyen du Congo représentait 1/72ème de ce montant, le coût de la guerre civile au Congo serait de 540 milliards de dollars sur 10 ans. Ceci sans parler des maladies, accidents et infirmités et des effets psychologiques.

Les conflits civils provoquent aussi de vastes déplacements de population, concernant 32,9 millions de personnes en 2006.

Au sein des conflits internes, on compte aussi les grèves et protestations. En Bolivie, on estime que le temps perdu à la suite de ces incidents correspond déjà 1% du PIB. Au total, y compris les effets indirects, le coût se rapproche des 3% du PIB.

Le terrorisme est un autre thème abordé par l’expert. Pour le seul Pays Basque, les économistes pensent que le PIB est 10% plus bas que s’il n’y avait pas eu de conflit.

Dans les conflits externes, soit les guerres entre pays, le seul coût des dépenses militaires atteint 2,6% du PIB mondial, soit plus de 1’000 milliards de dollars, sans compter les dépenses de recherche militaire et des services de renseignement. Les dépenses militaires sont aisément identifiables. Elles vont de 1% du PIB à plus de 20% du PIB (Arabie Saoudite en 1991).

Joseph Stiglitz a montré que bien des dépenses liées au conflit irakien n’apparaissaient pas clairement dans le budget américain. Il estime le coût économique total de la guerre entre 2’700 et 5’000 milliards de dollars pour les seuls Etats-Unis.

Une réserve est toutefois nécessaire sur ces estimations. Les dépenses militaires servent aussi à garantir la sécurité, notamment l’exercice des droits de propriété. Une partie contribue donc au PIB et à la paix.

(1) The costs of organized violence: A review of the evidence, Stergios Skaperdas, CESifo Working Paper 2704, 2009

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