prévoyance (4)

Le coût de la rente-pont AVS pour l’assuré

En partant à la retraite avant l’âge légal, il est possible de recevoir une rente-pont AVS de son institution de prévoyance pour combler les lacunes, mais rarement gratuitement. Extrait du «Guide de votre prévoyance», à paraître prochainement

* Journaliste indépendant, auteur du «Guide de votre prévoyance»

** Responsable du département Conseil patrimonial et de prévoyance de la BCGE, collaborateur au «Guide de votre prévoyance»

La retraite anticipée fait partie des rêves de la plupart des personnes actives. Mais elle s’avère souvent hors de portée en raison des coûts qu’elle implique. En effet, les rentes du 1er et du 2e pilier seront réduites au prorata du nombre d’années anticipées autorisées.

Rentes prises par anticipation du 1er et du 2e pilier

Si c’est votre cas, vous pourriez demander à toucher la rente AVS par avance, deux ans seulement avant l’échéance, mais en acceptant des prestations réduites de manière définitive. Prenons l’exemple d’un assuré devant toucher la rente maximale complète de 2320 francs à 65 ans (chiffre 2012). S’il prend sa retraite anticipée d’une année, il recevra une rente amputée de 6,8%, soit 2163 francs (= 93,2% x 2320 francs), et ce jusqu’à la fin de ses jours (s’il n’y avait pas d’indexation d’ici là). S’il décide de recevoir sa rente à 63 ans, ce montant, diminué de 13,6%, tombera à 2005 francs. Les calculs sont identiques pour une femme au bénéfice d’une rente complète, mais à 64 ans, au lieu de 65 ans.

Notons que l’obtention anticipée de rentes de vieillesse dans le cadre de l’AVS ne dispense pas de la poursuite du versement des cotisations jusqu’à l’âge officiel de la retraite, soit 65 ans pour les hommes, 64 ans pour les femmes.

De même que pour l’AVS, l’anticipation de la retraite va logiquement réduire les prestations de la caisse de pension. Si cette dernière prévoit le versement du capital, son bénéficiaire perdra les dernières années de cotisations que son employeur aurait normalement versées. Si l’institution de prévoyance accorde une rente, le taux sera réduit d’autant plus fortement que la retraite aura été prise longtemps à l’avance.

Cette réduction s’explique non seulement par la diminution du capital vieillesse accumulé par rapport à celui qui serait atteint en cotisant jusqu’à l’âge de retraite réglementaire, mais aussi par l’allongement de la période de versement des rentes. Remarquons que, sauf cas exceptionnel ou profession dite pénible, ou en cas de restructuration, la retraite ne peut pas être anticipée avant 58 ans.

On observe que celui qui ne dispose pas d’une fortune personnelle ou n’a pas constitué de 3e pilier aura sans doute de la peine à prendre une retraite anticipée, en raison de la réduction simultanée de sa rente AVS et de celle de sa caisse de pension. C’est pourquoi un tel projet doit se préparer très à l’avance pour compléter le manque à gagner. Si l’on a bon espoir de vivre longtemps et qu’on ne dispose pas de solides réserves, l’anticipation de la retraite ne devrait donc pas être précipitée surtout si l’on est marié. En effet, en cas de décès, la rente du conjoint survivant serait d’autant plus réduite que le départ en retraite aurait été avancé, puisqu’elle représenterait 60% de celle du défunt.

La rente-pont AVS

Dans cette perspective, la rente-pont AVS, pour reprendre le jargon professionnel, peut apparaître comme la solution miracle. Il s’agit d’un versement d’appoint de la caisse de pension pour compenser le délai qui court jusqu’au moment où s’ouvrira le droit aux rentes AVS et compléter ainsi les rentes du 2e pilier.

Cette offre est accessible non seulement à ceux qui prennent une retraite anticipée, mais également à ceux dont l’institution de prévoyance prévoit un âge de retraite avancé, par exemple à 62 ans tant pour les hommes que pour les femmes. Dans ce cas, les salariés doivent attendre trois ans avant de toucher une rente AVS entière, et les salariées deux ans. Ils pourraient la demander par anticipation de deux ans, mais avec les conséquences décrites plus haut.

Il est important de souligner que, si certaines caisses accordent ce genre de prestations gratuitement, ce n’est généralement pas le cas. C’est ainsi que cette rente-pont AVS va être compensée par une diminution de la rente du 2e pilier versée dès l’âge de la retraite AVS, jusqu’au décès de l’assuré, comme on le voit dans l’exemple fourni par la Banque Cantonale de Genève (BCGE).

Dans le cas choisi, un salarié, remarié, part en retraite anticipée à 60 ans. On suppose qu’il a accumulé un avoir de vieillesse de 620 400 francs. En partant avec plusieurs années d’anticipation, le taux de conversion de ce capital est réduit à 6,01%, ce qui lui donne droit à une rente de 2e pilier de 37 286 francs (= 6,01% x 620 400 francs) par an. Il doit attendre 65 ans pour recevoir sa rente AVS, pour un montant de 20 000 francs par an. Il touchera donc 57 286 francs, comme on le voit sur le graphique de gauche.

On suppose qu’il peut demander une rente-pont AVS à partir de 60 ans, pour combler le trou de la période intermédiaire, jusqu’au moment où il commencera à recevoir sa rente AVS à 65 ans, ainsi qu’on le constate sur le graphique de droite. Pour calculer cette rente-pont AVS, qui se monte à 15 158 francs, les spécialistes de la BCGE ont intégré l’espérance de vie moyenne après 65 ans – environ 19 ans (21 ans pour une femme) – de manière à ce que cette rente additionnelle soit financièrement neutre pour la caisse de pension. En d’autres termes, si l’assuré décède exactement à l’âge moyen de survie après la retraite, l’opération n’entraînera aucun coût supplémentaire pour l’institution de prévoyance.

Financement sur les rentes futures du 2e pilier après 65 ans

Le principe est donc simple: il s’agit de ponctionner une partie des rentes du 2e pilier qui seront payées à partir de 65 ans pour la verser à l’assuré durant la période précédant l’âge légal de la retraite. De cette manière, il touchera le même montant, qui est dans cet exemple de 52 444 francs de rentes, du jour de son départ en retraite jusqu’à son décès. De 60 à 65 ans, il recevra la rente de 2e pilier de 37 286 francs, auxquels s’ajouteront 15 158 francs de rente-pont AVS. Puis, lorsque la rente AVS prendra le relais à hauteur de 20 000 francs, la rente-pont AVS va non seulement disparaître, mais la rente du 2e pilier va en outre être réduite de 4842 francs, pour tomber à 32 444 francs. Il recevra ainsi toujours 52 444 francs (= 32 444 francs + 20 000 francs) jusqu’à la fin de ses jours.

On le constate, cette solution va se traduire au bout du compte par des rentes du 2e pilier amoindries au-delà de l’âge légal de la retraite si la rente-pont AVS n’est pas prise en charge par l’institution de prévoyance. Il existe en revanche une autre possibilité, que peuvent ou non offrir les caisses de pensions, à savoir le rachat d’années supplémentaires pour compenser le trou à venir dans son avoir de vieillesse en raison d’une retraite anticipée, en bénéficiant des déductions fiscales qui lui sont liées. C’est le sujet de notre prochain article.

Cet article est le quatrième d’une série consacrée à la prévoyance. Dernier épisode le 18 juin, consacré au financement de la retraite anticipée par le 2e pilier.

«Il s’agit d’un versement d’appoint pour compenser le délai qui court jusqu’au moment où s’ouvrira le droit aux rentes AVS»

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