Consommation

Que coûte le kilomètre de ski?

Dans le tiers des stations romandes, le prix du kilomètre de piste est inférieur à un franc. Plus un domaine est grand, moins il coûte cher au kilomètre pour le skieur

Les plus grands domaines skiables sont aussi les meilleur marché. En comparant le prix au kilomètre des 73 stations romandes, il apparaît que Champéry – Les Crosets – Portes du Soleil ou Verbier, par exemple, sont parmi les plus avantageuses.

Ce calcul a été effectué en récupérant les données publiées sur le site de Suisse Tourisme snow.myswitzerland.com. Mais les informations qui y figurent sont souvent lacunaires et erronées. Nous avons donc réduit notre travail aux seules stations romandes, en vérifiant manuellement toutes les informations, lesquelles se sont révélées fausses dans 36 cas sur 73.

Suisse Tourisme est au courant. Mais rappelle que ce «Bulletin des sports d’hiver» est un «outil que nous mettons à disposition des stations. Ensuite, c’est à elles de remplir et de mettre à jour les informations qui les concernent». La porte-parole, Véronique Kanel, confie aussi, sans les citer, que ce sont souvent les mêmes stations qui sont les moins disciplinées.

Entre 9 centimes et 18 francs le km

Sur la base de ces données – qui restent imparfaites malgré nos efforts (voir le making of) – il apparaît que dans 26 stations sur 73, le prix au kilomètre est inférieur à 1 franc. Vingt-six stations coûtent entre 1 et 2 francs et 19 stations entre 2 et 18 francs.


Interactif. Notre infographie «Où skier cet hiver? »


Les grands domaines alignent leurs prix sur les stations européennes, pour ne pas perdre leurs clients étrangers. A Télé-Champéry, le directeur Pascal Bergero explique que «les tarifs sont calés sur le taux de change, depuis l’abandon du taux plancher par la BNS. De ce fait, nos prix sont très inférieurs à la normale et nous réalisons des marges beaucoup plus faibles».

Le skieur qui achète un forfait journalier pour le domaine international des Portes du Soleil – soit 650 kilomètres de piste – paiera ainsi 9 centimes par kilomètre. «C’est le volume de clients qui nous permet d’avoir un tarif aussi bas», ajoute Pascal Bergero. Et certaines économies d’échelle qui permettent d’avoir moins d’employés et moins de machines par kilomètre de piste à entretenir.

Des limites hautes et des limites basses

Verbier – 4 Vallées est à peine plus cher avec 17 centimes par km. Eric Balet, directeur de Téléverbier: «Verbier est moins cher parce que nous ne pouvons pas fixer des prix au prorata de la taille des pistes. Les clients n’acceptent pas de payer plus que tant». Les tarifs se fondent donc notamment sur des enquêtes de satisfaction, pour définir la limite à ne pas franchir.

Château-d’Œx fait partie du second tiers des stations romandes où le prix au kilomètre se situe entre 1 et 2 francs, avec un ratio de 1,40 franc. Elle connaît des difficultés financières depuis plusieurs années. «Ce prix ne couvre absolument pas nos coûts mais nous ne pouvons pas l’augmenter parce que les familles – l’essentiel de notre clientèle – n’en auraient pas les moyens», explique Michel Bertholet, directeur de Télé-Château-d’Œx. «Nous ne pouvons pas non plus baisser les prix et espérer augmenter notre clientèle parce que des accords tarifaires avec Gstaad nous imposent un certain ratio, par rapport au prix Château d’Œx-Gstaad.»

Le Téléski des Breuleux figure dans la même catégorie, avec un rapport de 1,05 franc au km. «Nous fixons nos prix par rapport à nos charges d’exploitation, à la masse salariale et à la concurrence», indique son président, Jacques-André Aubry. Mais la concurrence, ce ne sont pas les pistes voisines. «Le bassin de population que nous visons – les familles, les enfants – est assez large pour toutes les stations.» En fait, Jacques-André Aubry fixe en partie les prix sur ceux «des tickets de piscine et de cinéma».

Dans la liste (non exhaustive) des stations recensées par Suisse Tourisme, seul le Téléski du Mont-Gibloux dépasse les 10 francs par kilomètre. Il propose de skier sur un kilomètre pour 18 francs par jour.


Making of

Sans être facile, l’exercice aurait dû être sans surprise. A partir de la liste des stations proposée par Suisse Tourisme sur son site internet, il devait s’agir, pour établir cette carte, de récolter les données et de les mettre en scène, notamment d’en faire une carte par catégorie de prix et de calculer le prix au kilomètre de piste dans chaque station.

En réalité, cela s’est révélé représenter un travail de titan, tant les données sur quelque 240 stations de ski suisses qui ont été centralisées par Suisse Tourisme sont lacunaires et erronées. Nous avons donc réduit notre travail aux seules stations romandes. Cependant, les informations fournies par les domaines skiables eux-mêmes ne sont pas toujours aisées à trouver – elles étaient même introuvables, dans certains cas et les grilles tarifaires des grandes stations sont d’une incroyable complexité!

Par ailleurs, certains domaines skiables sont considérés comme une entité tarifaire et kilométrique même s’ils sont composés de plusieurs petites stations. C’est par exemple le cas des 4 Vallées. A l’inverse, des petites stations qui se sont alliées à leurs voisines pour offrir un tarif commun sont toujours considérées dans la base de données comme des entités séparées.

Faute d’un critère clair, nous n’avons pas pu adopter une méthode équivalente pour tous et avons opté pour la solution la plus logique au cas par cas. Cette hétérogénéité rend forcément les comparaisons imparfaites. Ainsi, Champéry-Les Crosets – Portes du Soleil compte l’entier du domaine skiable franco-suisse, lequel n’est de toute façon pas skiable en un jour. Tandis qu’à l’autre extrême de notre classification, le Mont-Gibloux est tout seul avec 1 km de piste.

«Le Temps» peut cependant se prévaloir de publier ici la carte la plus complète et la plus correcte qui soit, pour les skieurs de Suisse Romande. Ceci, sans oublier encore les polémiques régulières sur la manière dont les stations calculent le kilométrage de leurs pistes.

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