Climat

Les coûts du réchauffement sont difficiles à chiffrer

Devant l’impossibilité d’estimer les effets du réchauffement sur des infrastructures clés comme les transports et l’énergie, la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga annonce un plan d’action. Objectif: combler ces connaissances et les utiliser comme levier pour la neutralité carbone

«Seulement!» C’est la première réflexion qui vient à l’esprit en lisant le rapport de Swiss Economics portant sur les coûts du réchauffement climatique sur nos infrastructures. Selon le document publié jeudi, les dégâts causés aux routes, aux rails et aux centrales électriques par les pluies torrentielles, les incendies ou encore les rivières à sec se chiffrent à un milliard de francs par année à moyen terme. «C’est relativement peu», a réagi le conseiller aux Etats zurichois Ruedi Noser (PLR) à l’issue de la présentation, suscitant l’approbation dans le public de chercheurs, entrepreneurs et politiciens. Il s’exprimait lors d’une table ronde organisée lors de la Journée annuelle des infrastructures, qui s’est tenue à l’EPFZ en présence de la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga.

Le montant de l’addition représente tout juste un tiers des dégâts matériels causés par les crues de 2005, qui ont par ailleurs coûté la vie à six personnes. Il paraît dérisoire aussi comparé aux 76 milliards de dommages attribués aux catastrophes naturelles dans le monde l’an passé par le réassureur Swiss Re, qui ne comptabilise que des biens assurés.

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Dans le segment des transports, le rapport tient compte des frais de remise en état des routes après un glissement de terrain, par exemple, auxquels s’additionnent ceux liés aux retards de trains en raison de déformations des rails par fortes chaleurs. En ce qui concerne l’énergie, il relève notamment le manque à gagner causé par la pénurie d’eau pour alimenter les barrages hydroélectriques ou refroidir les centrales nucléaires. Irene Fischbach, du gestionnaire de l’exploitation du réseau d’électricité Swissgrid, a aussi évoqué pendant la discussion les avalanches et glissements de terrains qui emportent les lignes à haute tension, nécessitant plusieurs mois de réparations. «Ces phénomènes météorologiques extrêmes sont en augmentation et menacent la sécurité de l’approvisionnement», a-t-elle souligné.

Sortie du nucléaire éludée

Des risques que le document présenté jeudi a le mérite de mettre en évidence, a de son côté relevé Simonetta Sommaruga. «Même s’il présente des lacunes», a-t-elle concédé.

Dans ce rapport, qui se veut «une vue d’ensemble de la littérature existante sur le sujet», a précisé son auteur Christian Jaag, les sommes sont d’une part très variables. «Les études qui y sont citées se basent sur des scénarios climatiques différents», a ajouté l’économiste. L’une d’elles évalue les coûts sur le réseau de transports à 442 millions de francs par an d’ici à la fin du siècle, tandis qu’une autre pronostique à l’inverse des économies de quelques centaines de milliers de francs, voire plusieurs millions, en raison d’une diminution des dégâts causés par le froid.

D’autre part, en ce qui concerne les infrastructures énergétiques, «aucune des études citées ne prend en compte la sortie du nucléaire», a pointé Christian Jaag. Planifiée à l’horizon 2050 dans le cadre de la stratégie énergétique de la Confédération, cette transition nécessitera pourtant «de moderniser le parc électrique, en adaptant les installations hydroélectriques et en favorisant la construction notamment d’installations alternatives, solaires ou éoliennes», a martelé le conseiller national socialiste vaudois Roger Nordmann, présent dans le panel.

Et l’élu de renvoyer aux 12 milliards de francs annuels calculés par son parti dans son «Plan Marshall» pour le climat. Soit 2% du produit intérieur brut, qui doivent selon le PS permettre d’atteindre la neutralité carbone visée d’ici à 2050 par le Conseil fédéral. L’estimation inclut entre autres les frais d’adaptation des bâtiments – ceux-ci demeurent pour l’instant responsables de 27% des émissions de gaz a effet de serre, selon l’OFEV, principalement en raison des chauffages à mazout. De même que des plans de soutien à l’agriculture (13,8% des émissions selon l’OFEV).

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Sans nécessairement s’accorder sur les montants, les participants à la table ronde ont tous estimé que de tels investissements représentaient un potentiel d’économies sur le long terme. Parmi eux figuraient aussi Marco Hebeisen de l’assureur Zurich et Ruedi Blumer, président de l’ATE (Association transport et environnement).

Cibler les besoins

«Le réchauffement climatique est une réalité. Les autorités publiques et le secteur privé doivent s’attendre à des conséquences financières», a insisté la cheffe du DETEC (Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication) pour qui la politique des infrastructures représente «un levier» en vue de la neutralité carbone. Elle a ainsi annoncé un plan d’action pour étoffer les connaissances en la matière, sans en préciser l’agenda cependant: «Il s’agira d’identifier les dangers, pour pouvoir fournir un soutien matériel aux cantons et aux communes en fonction de leurs besoins.»

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