Un diagnostic par tête de pipe. On connaît désormais la somme que chaque habitant de Suisse romande ne gagnera finalement pas en 2020 et 2021, covid oblige. Avant que la crise sanitaire ne touche la Suisse et le reste du monde, une croissance du produit intérieur brut (PIB) romand de 1,3% était attendue cette année, puis de 1,7% l’an prochain. Désormais, l’on table sur un recul de -5,7% puis un rebond de 4,5%. Rapporté au nombre d’habitants, cela représente un manque à gagner de 8664 francs.

Ce calcul statistique a été publié mardi par le CREA. Pour la 13e fois, l’institut présentait son étude sur le PIB de Suisse romande, en collaboration avec six banques cantonales, l’Unil et le Forum des 100 organisé par Le Temps.

Ce montant de 8664 francs est une moyenne. Chaque canton sera affecté différemment par les paralysies imposées par le virus. Tout dépend de leur profil. Car si tous les types d’activités économiques sont touchés, chacun connaît un sort différent. Selon les données du CREA, on peut ainsi distinguer trois groupes.

Diversité et chimie-pharma

Dans le premier, il y a les Fribourgeois, avec un manque à gagner de 4315 francs par habitant pour ces deux années. Ils sont ceux qui s’en sortent le mieux. C’est la diversité de ses activités et la stabilité de son marché intérieur qui permettent au canton d’être moins freiné par les conséquences du covid. Le secteur secondaire (construction, machines, alimentaire) représente 30% de son PIB. Mais «l’économie fribourgeoise a fortement profité ces dernières années de la progression du secteur tertiaire, en particulier du commerce et des activités de services», notent les auteurs de l’étude.

Les Valaisans, eux, ne perdront que 5346 francs. Leur PIB dépend deux fois plus de l’hôtellerie-restauration, en souffrance, que celui des Fribourgeois. Mais au final, de seulement 3,6%. Ainsi, c’est grâce au poids de la construction et, de plus en plus, de la chimie et de la pharma que le canton alpin devrait amortir plus facilement le choc.

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Les deuxièmes et troisièmes groupes ont ceci en commun qu’ils incluent chacun deux cantons au profil économique fort différent. Dans la moyenne romande, il y a Vaud et le Jura, avec un manque à gagner par habitant estimé à 8516 et 7561 francs pour 2020 et 2021. Pour le premier, son exposition à des multinationales échaudées par les incertitudes sera le plus grand frein. Pour le second, ce sont surtout les difficultés du secteur secondaire, et notamment des industries horlogères et des machines, qui se feront sentir.

Le poids de l’horlogerie

Mais il est un autre canton dans lequel la présence de l’industrie sera pesante: Neuchâtel, et son PIB dépendant à 27% des secteurs des machines, des instruments de précision et, bien sûr, de l’horlogerie. La valeur ajoutée de ces trois branches devrait baisser de 15% cette année, selon les prévisions publiées mardi. Pour chaque Neuchâtelois, la pandémie va ainsi coûter 11 049 francs. Dans ce canton particulièrement sensible aux aléas conjoncturels, la facture sera toutefois pondérée par l’importance grandissante de la chimie et de la pharma – de la multinationale américaine Celgene, notamment.

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L’autre grand perdant de Suisse romande, c’est l’autre pays de l’horlogerie: Genève, où le manque à gagner par habitant va s’élever à 13 450 francs. Au bout du Léman, l’industrie de la montre, des machines et des instruments de précision ne compte pourtant que pour 6% du PIB. Mais en plus, à l’inverse par exemple de Fribourg, son profil international pénalise Genève. Les heurts du commerce mondial, via le négoce et le financement de matières premières, pèsent sur l’économie cantonale davantage que partout ailleurs en Suisse romande.