Le plus grand fonds d’investissement du monde accuse le coup. Au premier semestre, le fonds souverain norvégien a perdu 19 milliards de francs ou 21 milliards de dollars. «Il y a eu des fluctuations majeures sur les marchés actions au cours de cette période, a commenté Trond Grande, directeur général adjoint de Norges Bank Investment Management dans un communiqué publié mardi. L’année a commencé avec optimisme, mais les perspectives des marchés actions ont rapidement tourné lorsque le coronavirus a commencé à se propager de manière globale.»

Cependant, cela aurait pu être pire: «La chute violente des bourses au premier trimestre a été limitée par la réponse massive des autorités monétaires et financières», tempère le responsable. Surtout, entre les trois premiers mois de l’année et les suivants, le tableau est complètement différent. Le fonds a perdu 14,6% entre janvier et mars – la pire performance de son histoire – et gagné 13,1% pendant les trois mois qui ont suivi.

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La valeur du fonds atteignait 10 400 milliards de couronnes à fin juin (1060 milliards de francs), en baisse de 3,4%, soit 188 milliards (ou 19 milliards de francs). Près de 70% des actifs sont investis dans les actions. Les investissements dans cette classe d’actifs ont perdu 6,8%, contre un recul de 1,6% pour l’immobilier et une hausse de 5,1% dans les titres à revenus fixes. Dans son rapport semestriel, le fonds dit avoir fait moins bien que son indice de référence à hauteur de 0,11 point de pourcentage.

Trois actions suisses dans le top ten

Le rapport révèle aussi que trois entreprises suisses figurent dans les dix plus importants investissements du fonds. Derrière les géants américains de la tech (Microsoft, Apple, Amazon et Alphabet) apparaissent ainsi Nestlé (8,5 milliards de francs), Roche (6,9 milliards de francs) et, plus loin, Novartis (4,8 milliards de francs).

Si le fonds, aussi connu sous le nom de Government Pension Fund Global, a souffert de la chute des actions en début d’année, il a aussi bénéficié du recul de la couronne norvégienne, qui a contribué à une hausse de la valeur du fonds une fois les investissements convertis dans la monnaie locale, à hauteur de 672 milliards de couronnes (environ 68,9 milliards de francs).

Incertitudes

Pour la suite, «même si les marchés se sont bien remis au deuxième trimestre, nous sommes toujours témoins d’une incertitude considérable», a encore prévenu Trond Grande. Le responsable s’est également dit inquiet de la déconnexion entre économie et marché qui apparaît dans le rebond des bourses, ces dernières atteignant des records historiques ces jours. «Je pense que c’est quelque chose que nous devons garder dans notre radar. Nous avons vu une forte reprise inattendue dans les marchés financiers, mais peut-être que nous n’avons pas vu l’effet entier sur l’économie réelle», a averti Trond Grande dans une interview au Financial Times.

Le numéro un du fonds, Yngve Slyngstad, en poste depuis 2008, a démissionné en automne dernier. Son successeur choisi, Nicolai Tangen, doit être confirmé d’ici à début septembre, mais ce choix a suscité la polémique. Plusieurs partis politiques reprochent à ce gérant de hedge funds des conflits d’intérêts et menacent de bloquer sa nomination.

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Le fonds norvégien a été constitué en 1996 pour gérer les réserves financières norvégiennes issues des exportations de pétrole. Sous la supervision de Yngve Slyngstad, sa valeur a quintuplé.