La pandémie de Covid-19 a sérieusement secoué l’industrie du textile et de l’habillement. Le désastre concerne autant les importateurs, qui sont frappés par la chute de la demande, que les sous-traitants en Asie-Pacifique. Dans les pays de grande consommation, les magasins d’habits étaient restés fermés pendant le confinement entre mars et mai. La demande a repris quelque peu en été, mais le secteur affirme que les conséquences se feront sentir pendant longtemps. Au plus fort de la crise à mi-avril, H&M, par exemple, avait fermé 80% de ses 5000 enseignes. Actuellement 166 magasins le sont toujours. Par la suite, le géant suédois du prêt-à-porter prévoit de fermer 350 de ses 5000 magasins dans le monde et d’en ouvrir 100. Le bénéfice net au troisième trimestre 2020 est ressorti à 185,2 millions de francs contre une perte de 511 millions au précédent semestre.

Lire aussi: Au Cambodge, les ouvrières du textile victimes économiques du Covid-19

H&M n’est pas une exception. Inditex (Zara) a renoué avec les bénéfices – de 214 millions d’euros – à la suite du déconfinement au deuxième trimestre. Mais au premier semestre, il essuyait une perte de 409 millions après avoir fermé 90% de ses magasins. Entre mai et juillet, les ventes ont atteint 4,7 milliards d’euros, contre 3,3 milliards gagnés au premier trimestre. Optimiste, le groupe espagnol prévoit une reprise rapide au deuxième semestre 2020, avec 98% des boutiques qui sont désormais ouvertes, selon un communiqué publié en septembre. C’est compter sans la deuxième vague de la pandémie qui sévit à présent.

Etats-Unis, Europe, Japon: 60% des importations mondiales

Le marché du prêt-à-porter évolue de la même façon aux Etats-Unis et au Japon. Entre février et août, Gap avait déjà fermé 11 magasins en Europe, 66 en Amérique du Nord et dix en Asie, sur un total de 400 dans le monde. Désormais, la marque américaine se penche sur l’éventualité de fermer l’ensemble de ses 129 magasins en Europe d’ici à juin 2021. Le groupe japonais Uniqlo n’a pas échappé non plus aux conséquences du Covid-19. Ses bénéfices ont chuté de 44% pour l’exercice 2019-2020. Mais ses ventes dans son marché domestique ont bondi de 20,2% sur un an au quatrième trimestre (juin-août). Face à l’incertitude liée à la pandémie, le groupe envisage portant de fermer ses enseignes à l’étranger.

Lire également: L’usine du monde est à la peine

Si les principaux marchés de la mode – les Etats-Unis, le Japon et l’Europe représentent 60% des importations mondiales – éternuent, les pays producteurs attrapent la grippe. Et c’est bien le cas. Selon une étude publiée jeudi par l’Organisation internationale du travail (OIT), la pandémie frappe de plein fouet toute la région Asie-Pacifique qui est de loin le principal fournisseur de vêtements. Elle porte sur les dix principaux producteurs: Bangladesh, Cambodge, Chine, Inde, Indonésie, Birmanie, Pakistan, Philippines, Sri Lanka et Vietnam.

65 millions de travailleurs

Au premier semestre de l’année, leurs exportations se sont effondrées de 70%. «Les annulations de commandes étaient courantes dans le sillage de mesures de confinement imposées par les Etats, relève Christian Viegelahn, économiste à l’OIT et basé au bureau régional de l’organisation à Bangkok. Pour le Bangladesh, dont le textile constitue 92% des exportations et qui compte près de 5 millions de travailleurs dans 4000 usines de textile, le covid a été particulièrement désastreux.» Le secteur de l’habillement dans la région Asie-Pacifique employait 65 millions de travailleurs en 2019, soit 75% de l’ensemble des travailleurs du textile dans le monde.

Lire encore: Guy Ryder: «Je suis surpris qu’il n’y ait pas plus d’émeutes»

L’étude de l’OIT ne précise pas le nombre de travailleurs qui ont perdu définitivement leur emploi dans le sillage de la pandémie. «Ce n’est pas évident à calculer à ce stade mais, en moyenne, les ouvrières de l’habillement dans la région ont perdu au moins deux à quatre semaines de travail, et seules trois employées sur cinq sont revenues travailler lorsque leurs usines ont rouvert», note Christian Viegelahn.

L’économiste de l’OIT tient à préciser au Temps que les Etats de la région, ont «grâce à des mesures de soutien aux entreprises, atténué les conséquences de la crise même si l’on sait que ces derniers n’ont pas des ressources illimitées». Selon lui, il est temps pour que les Etats producteurs, les grands acheteurs du prêt-à-porter, les industriels ainsi que les organisations internationales trouvent ensemble des solutions à long terme pour garantir la production pour les consommateurs ainsi que les emplois pour les millions de travailleurs de l’industrie textile.