Les mesures prises par le Conseil fédéral dans la première phase de la pandémie ont été efficaces dans le sens où le système de santé a très bien tenu le choc en Suisse. Il l’a fait grâce au semi-confinement et à l’arrêt d’une grande partie de l’activité économique, ce qui n’est évidemment pas sans conséquences sociétales majeures (le Covid-19 est un puissant marqueur social).

Les semaines qui ont suivi le semi-confinement ont, elles aussi, été bien gérées avec la réouverture progressive des divers secteurs économiques. Comme il fallait s’y attendre – et c’était même en quelque sorte une nécessité – le nombre de nouveaux cas positifs au Covid-19 a augmenté. La hausse a d’abord été très lente, au fur et à mesure de la levée des restrictions, avant de subir une accélération, restée toutefois relativement modeste, avec entre 100 et 300 nouveaux tests positifs chaque jour.

Les pénibles annonces d’un automne difficile

Le problème tient au fait que les autorités sanitaires, et particulièrement les épidémiologistes et les autres experts, continuent à asséner un discours menaçant et anxiogène, annonçant «un automne et un hiver difficiles» si l’on n’arrive plus à effectuer le traçage des nouveaux cas. Cette situation est probablement inévitable à terme pour diverses raisons, a fortiori si la contagiosité débute cinq jours avant l’apparition des symptômes comme une étude le suggère.

Mais, finalement, ce qu’il serait fondamental de connaître, c’est le nombre de malades parmi ces 100-300 nouvelles personnes infectées quotidiennement. Très probablement une très faible minorité, car ce sont les jeunes qui s’infectent en majorité, donc qui contribuent à une lente augmentation de l’immunité de masse.

Mieux vaut considérer les hospitalisations

Le nombre de personnes hospitalisées à cause du Covid-19 serait donc, à mon avis, le vrai critère utile pour évaluer la situation épidémiologique réelle en termes de maladie (morbidité). Or ce nombre est actuellement très faible. La mortalité est retombée au niveau habituel de notre société (environ 5000-6000 morts par mois en Suisse toutes causes confondues) après un mini-pic début avril dû à la pandémie, compensé par une sous-mortalité en mai.

Le nombre de cas hospitalisés est très facile à déterminer. Sa publication éviterait les piteuses approximations et grossières erreurs de l’Office fédéral de la santé publique. Et le contrôle de la situation sanitaire de ce pays en serait grandement facilité et surtout simplifié. On prendrait les éventuelles mesures plus restrictives sur des faits et non plus sur des hypothèses d’épidémiologistes, basées sur des tests dont la fiabilité est pour le moins discutable (38% de faux négatifs)…

Les limites de l’OFSP

Le Conseil fédéral, tiraillé entre ses experts et les lobbies économiques, prend des mesures intermédiaires, ce qui est évidemment de nature à minimiser les risques politiques et sanitaires.

Mais, encore une fois dans la situation actuelle, laquelle est la poursuite attendue de la première vague et non une hypothétique deuxième vague, le seul risque est le retour à une mise sous pression excessive du système de santé. Ce critère est facilement mesurable en suivant le nombre de patients hospitalisés pour cette maladie, exact reflet de la petite minorité de patients infectés par le Covid-19 qui en sont plus ou moins gravement symptomatiques.

Cela libérerait les très nombreuses personnes engagées dans ce traçage sans fin et condamné à devenir irréalisable.

S’en tenir à ce critère unique du nombre de personnes hospitalisées en raison du Covid-19 ne veut pas dire que l’on abandonnerait toutes les mesures de précaution en vigueur, mais cela permettrait de réduire le climat de psychose et les peurs souvent irrationnelles liées à ces décomptes quotidiens anxiogènes.

Il est difficile de demander une gestion nuancée et pragmatique à un Office fédéral de la santé publique obsédé par son approche ultra-sécuritaire et dogmatique, comme on l’a déjà constaté avec les risques liés à la consommation d’alcool.


* Dr Jean-Charles Estoppey, médecin de famille et vigneron