Les signes avant-coureurs se manifestaient clairement depuis quelques semaines déjà. A présent, les prévisions conjoncturelles du Fonds monétaire international (FMI) rendues publiques mardi confirment une forte contraction de l’activité en 2020. Le produit intérieur brut (PIB) mondial, +2,9% en 2019 par rapport à l’année précédente, reculera de 3% cette année. «Nous vivons la pire crise économique depuis la Grande Dépression des années 1930», affirme sa cheffe économiste, Gita Gopinath.

Dans les détails, la croissance sera négative dans les pays industrialisés à hauteur de 6,1% en 2020. Aux Etats-Unis, le recul sera de 5,9% et dans la zone euro de 7,5%. L’Italie, le premier pays frappé en Europe, paiera le prix le plus fort: -9,1%.

Selon le FMI, le PIB de la Suisse passera de 0,9% en 2019 à -6% cette année. A mi-mars, le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) s’attendait à une contraction de 1,5%. Un chiffre qu’il a remonté la semaine passée à 7%, voire 10% dans un second scénario plus pessimiste.

A ce sujet: La Suisse prépare sa récession

Le ralentissement sera tout aussi spectaculaire en Chine (1,2% cette année contre 6,1% en 2019), en Inde (1,9% contre 4,2% en 2019) et au Brésil (-5,2% contre 1,1% en 2019).

Paralysie

Ces prévisions, souligne le FMI, reflètent la situation du jour, qui est marquée par une paralysie de la plus grande partie de l’activité mondiale par le Covid-19. Elles partent d’un scénario optimiste où la pandémie sera sous contrôle dans la deuxième partie de l’année, ce qui atténuera son impact négatif au premier semestre. Dans une telle perspective, la croissance mondiale décollera l’année prochaine et atteindra 5,8%. Aux Etats-Unis comme dans la zone euro, elle sera à 4,7%. La Suisse renouera aussi avec la croissance à 3,8%. Côté pays émergents, elle atteindra 8,5% en Chine, 7,4% en Inde et 2,9% au Brésil.

Lire aussi: Coup de frein à la croissance chinoise en pleine guerre commerciale

«Les raisons d’être optimiste sont nombreuses, encourage Gita Gopinath. D’ici là, le respect de la distance sociale, la découverte de vaccins ainsi que les soutiens budgétaires des Etats – 8000 milliards de dollars au total – et les mesures monétaires des banques centrales auront soulagé les économies.» La cheffe économiste du FMI rappelle qu’en 1930, il n’y avait pas de réactions coordonnées au niveau global et encore moins d’institutions multilatérales pour aider les Etats en difficulté.

L’année avait pourtant bien commencé

L’année 2020 avait pourtant bien commencé. Le FMI s’attendait à une croissance positive et soutenue pour la grande majorité de ses membres. A présent, la situation s’est inversée pour ses 170 membres. A ce stade, le commerce du détail, l’hôtellerie et le tourisme ainsi que le transport connaissent le plus grand désastre. Côté manufacturier, l’automobile est paralysée notamment à cause de la rupture des chaînes de valeurs mondiales.

C’est sur le plan des échanges commerciaux mondiaux que la crise est la plus visible. L’Organisation mondiale du Commerce (OMC) prévoit un effondrement entre 13 et 32% en 2020. La chute concerne d’abord l’offre, résultat de la rupture de la chaîne d’approvisionnement, de la fermeture des ports et des aéroports ainsi que des mesures protectionnistes, certains pays interdisant l’exportation de certains produits. La crise est aussi celle de la demande, tant de la part de ménages que d’industriels.

Notre série sur la résilience de l'économie suisse:

Des pertes d’emplois par millions

Corollaire aux échanges, la crise a porté un sale coup à l’emploi. Ce mardi, la fabricant chinois d’électroménager Hisense a licencié 10 000 de ses 80 000 collaborateurs. Ces dernières semaines, Apple et d’autres grandes marques ont fermé de nombreuses usines. Aux Etats-Unis, les licenciements sont aussi massifs. En trois semaines, 16,7 millions de travailleurs ont perdu leur place de travail, un phénomène inédit. La pandémie pourrait faire monter le taux de chômage américain à 15% à la fin du mois. En décembre, il était de 3,6%. Selon l’Organisation mondiale du travail (OIT), le Covid-19 a forcé 2,7 milliards de travailleurs, soit 81% de l’ensemble de la population active, au chômage ou au chômage partiel.

Lire également: Déjà plus de 16,7 millions de nouveaux chômeurs américains

Du côté de la Conférence de l’ONU sur le commerce et le développement (Cnuced), qui traque le mouvement des capitaux, c’est aussi la déprime. Au début de l’année, elle avait prévu que 2020 serait plutôt stable, avec une éventuelle hausse de 5%. Dans ses dernières prévisions faites début mars, elle estime une chute de 5 à 15% sur l’année. Les effets seront ressentis particulièrement dans l’automobile, l’aviation et l’énergie. Selon un sondage réalisé auprès de 100 entreprises multinationales, 66% se disent impactées par le Covid-19 et 41 d’entre elles ont déjà fait part d’avertissements sur les bénéfices.