Ce n’est pas jouer les prophètes de malheur, mais l’impact du Covid-19 sur l’emploi empire jour après jour. Aux Etats-Unis, le taux de chômage s’est élevé à 4,4% en mars en données annualisées, selon des chiffres publiés vendredi. Un chiffre qui ne reflète toutefois pas la réalité du jour car les enquêtes du Département d’Etat du travail ont eu lieu avant que l’impact du Covid-19 ne soit vraiment ressenti. Au total, 701 000 emplois ont été détruits sur le mois.

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Pour avoir une vue d’ensemble complète de la première économie mondiale, il faut encore voir l’évolution des nouvelles demandes d’allocation de chômage: 10 millions sur les deux dernières semaines. Selon une analyse de Bank of America, il faut s’attendre à des pertes nettes d’emploi à hauteur de 16 à 20 millions sur l’année, ce qui portera le taux de chômage à 15,6% en 2020. En février, il était tombé à 3,5%, le niveau le plus bas en cinquante ans.

La zone euro n’est pas épargnée

La zone euro, où le taux de chômage était de 7,3% en février, n’est pas épargnée. En France, 400 000 entreprises vont recourir au chômage partiel. En Espagne, 900 000 travailleurs ont été licenciés en mars. Et Italie, ce sont 18 millions de personnes qui se sont inscrites pour toucher une aide sociale. Au Royaume-Uni, un million de nouveaux sans-emploi ont été enregistrés et, selon des économistes, le taux de chômage, 3,9% à présent, devrait doubler sur l’année. En Irlande, avec l’hypothèse d’un confinement de trois mois, la banque centrale a estimé vendredi que le taux de chômage s’envolerait à 25% au deuxième trimestre.

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C’est la même histoire dans le reste du monde. En Chine, après deux mois de paralysie, les activités reprennent. Mais un retour à la normale n’est pas pour demain. Raison pour laquelle Pékin demande aux millions de nouveaux diplômés de poursuivre des études plutôt que de débarquer sur le marché du travail. La situation est particulièrement catastrophique en Inde où des millions de travailleurs «migrants» ont été contraints de quitter les villes et de retourner dans leurs villages.

Plus de 25 millions de nouveaux chômeurs

Que dit l’Organisation internationale du travail (OIT)? Dans son rapport annuel Emplois et questions sociales – Tendance 2020 publié le 20 janvier, elle affirme que 2,5 millions de personnes en âge de travailler viendront grossir la foule des 188 millions de chômeurs dans l’année. Puis le 18 mars, l’organisation onusienne sise à Genève sonne l’alerte et prévient que le Covid-19 coûtera 25 millions de places de travail dans le monde. De nouvelles estimations sont attendues mardi prochain et, selon Dorothea Schmidt-Klau, cheffe coordinatrice à la division Politique du travail, le pire est à craindre. En comparaison, la crise financière de 2008-2009 avait provoqué la disparition de 22 millions d’emplois dans le monde.

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«L’ampleur du drame sera mesurée en fonction de deux facteurs, avance Dorothea Schmidt-Klau. La durée de la crise sanitaire et son impact sur l’activité économique, ainsi que le nombre de salariés qui retrouveront leur emploi à la sortie de la crise.» Elle se dit tout de même impressionnée par l’ampleur et la vitesse avec lesquelles tant les Etats-Unis que l’Union européenne (UE) ont agi pour sauver l’activité économique et pour soulager les travailleurs. «Cette fois-ci, la bureaucratie n’a pas freiné la mise en œuvre de programmes et, dans bien des cas, les déboursements ont été effectués rapidement, se félicite-t-elle. Mais force est de constater que nous sommes au minimum de ce que nous devons faire.»

Allocation de chômage paneuropéenne

A ce propos, la Commission européenne a remis sur le métier le projet d’une assurance chômage paneuropéenne. Il sera présenté mardi lors de la prochaine réunion des ministres des Finances de la zone euro. Selon le Financial Times de mardi, ce mécanisme est censé surpasser les systèmes nationaux d’indemnités de chômage en se reposant sur un système de garantie européenne. Paolo Gentiloni, le commissaire européen à l’Economie, a affirmé que l’Eurogroupe «travaillait dur» sur cette initiative, qui devait initialement voir le jour à la fin de l’année. Il s’agirait à présent de mobiliser les ressources, estimées entre 80 et 100 milliards d’euros.


Le chômage suisse bondit, sans déstabiliser le marché du travail

En l’espace de deux semaines, 26 000 personnes en Suisse ont perdu leur emploi. Le pointage formulé jeudi par le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) sur le chômage a de quoi effrayer quant aux conséquences que pourrait avoir la crise sanitaire sur le marché du travail helvétique à terme. «C’est très inquiétant, évidemment, car c’est une crise extrême que nous sommes en train de vivre», commente vendredi au «Temps» Martin Eichler, chef économiste chez Bak Economics. «Ces chiffres restent toutefois de l’ordre de ce que nous attendions maintenant», poursuit-il.

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Dans ses dernières prévisions, publiées il y a une dizaine de jours, l’institut de recherche bâlois disait en effet tabler sur un taux de chômage relevé à 3,5% cet été, contre 2,5% avant la pandémie de covid-19. Ce qui représente 50 000 chômeurs supplémentaires d’ici à cet été.

Du côté de Credit Suisse, qui tablait la semaine dernière encore sur un chômage à de 2,9% à fin 2020, on confirme que «l’optimisme se dissipe quelque peu», note Emilie Gachet. La banque tablait sur un scénario de sortie de crise de deux mois, qui aujourd’hui s’éloigne. «Nous aurons une meilleure vision d’ensemble après la publication des chiffres définitifs et par secteurs du mois de mars», prévue mercredi prochain, relève Emilie Gachet.

L’économiste insiste sur l’importance du chômage partiel, pour maintenir l’emploi et la capacité de consommation, nécessaire à une reprise rapide. Un outil dont ne disposent par exemple pas les Etats-Unis, qui faisaient état jeudi de 10 millions d’inscriptions au chômage ces deux dernières semaines. Ainsi, même si l’ampleur du nombre de personnes touchées par le chômage partiel à ce jour en Suisse surprend – 1,2 million selon le Seco, «cela prouve que cet instrument joue plus que jamais son rôle de stabilisateur sur le marché de l’emploi», souligne Martin Eichler. Rachel Richterich