Un nouvel échec, le troisième, de la pharma suisse sur le front des traitements contre le Covid-19. Roche a cessé mercredi la collaboration avec son partenaire américain Atea Pharmaceuticals dont l’antiviral oral contre une forme de Covid-19 n’a pas passé la phase 2 des essais cliniques. Le géant pharmaceutique bâlois s’était associé au laboratoire américain sis à Boston il y a un an, avec un paiement initial de 317 millions de francs. «Suite à cette décision «difficile», Roche restituera à Atea les droits et licences sur le traitement de l’antiviral oral», écrit Roche dans un communiqué.

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La veille, mardi, c’était Molecular Partners à Zurich qui faisait état de sa déconvenue. Le comité de surveillance et de suivi (DSMB) de l’étude clinique de phase 3 du traitement ensovibep a recommandé d’arrêter le recrutement de patients atteints du Covid-19. Pourtant en juin, l’Autorité américaine des médicaments avait encouragé son développement en lui décernant un statut de «procédure rapide». Cet échec est aussi celui de Novartis, le groupe bâlois, qui s’était associé avec Molecular Partners dans ce projet.

Un succès d’étape pour Relief Therapeutics

Le troisième échec concerne la société genevoise Relief Therapeutics. L’une des molécules dont elle est propriétaire était pressentie comme efficace contre la détresse respiratoire provoquée par le coronavirus. Depuis l’été, elle a rompu avec son partenaire, l’américain Nrx avec qui elle est désormais en procès. Elle lui reproche de refuser de lui délivrer toutes les données issues de ses tests outre-Atlantique. D’ailleurs au début du mois, le Nrx s’est vu refuser l’autorisation d’urgence pour son remède par la FDA.

Relief Therapeutics a tout de même enregistré un succès d’étape. Elle a revendiqué mercredi des données intermédiaires concluantes pour le spray nasal Sentinox développé par sa filiale tessinoise Applied Pharma Research contre le Covid-19.

Pendant ce temps, la pharma américaine se montre plus vaillante: le Molnupiravir de Merck a été approuvé début novembre au Royaume-Uni. Aux Etats-Unis, alors même qu’il est en attente d’autorisation, le Département de la santé a déjà conclu une précommande de 1,2 milliard de dollars pour acquérir 1,7 million de doses.

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Le Molnupiravir, qui réduit d’environ 50% la probabilité d’une hospitalisation ou d’un décès chez les patients présentant un risque élevé de développer le Covid-19, coûte 700 dollars le traitement. Merck a signé un contrat avec Medicines Patent Pool (MPP), organisation onusienne basée à Genève, pour permettre de commercialiser le médicament à prix abordable dans 105 pays à revenus faibles ou intermédiaires.

Un milliard de dollars de vente sur une année

Le géant pharmaceutique américain Pfizer entend également faciliter l’accès à son traitement anti-covid Paxlovid dont une demande d’autorisation a été déposée à la FDA. Il serait efficace à 89% contre le risque d’hospitalisation ou de décès. Mardi, l’entreprise a annoncé avoir signé un accord de licence volontaire qui doit permettre de diffuser sa pilule anti-covid, une fois autorisée, dans les pays pauvres.

La pharma suisse a-t-elle alors raté le marché covid? Pas nécessairement. «Roche compte deux traitements à succès», affirme Gianpaolo Chiriano, directeur de la division Healthcare de Mirabaud Equity Research. En premier, le Ronapreve, une intraveineuse, dont les ventes ont dépassé le milliard de francs en une année; puis Actemra en forme d’injection. Les deux sont homologués par l’Organisation mondiale de la santé.

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Gianpaolo Chiriano rappelle par ailleurs que Novartis vient de renouveler son accord de fill & finish (remplir les fioles) de 24 millions de doses de vaccins contre le Covid-19 avec Pfizer en 2022. Cette année, le groupe bâlois a assuré la production de 50 millions de doses. «Dans le même registre, Lonza constitue un maillon important dans la chaîne de production des vaccins de Moderna», affirme-t-il.

«Plus de 100 projets étaient annoncés pour les vaccins contre le Covid-19 en tout début d’année et moins de 10% ont abouti, souligne Jérôme Schupp, analyste financier chez Prime Partners. Il en est de même pour des traitements.» Il affirme que, globalement, les laboratoires suisses ont un pipeline de produits bien remplis dans des thérapies à potentiel important, notamment les cancers, les maladies cardio-vasculaires, l’Alzheimer et encore certaines maladies rares. A elle seule, Novartis a 155 projets entre la phase I et l’attente d’homologation.