Sortir l’Europe du marasme économique par un plan de relance. Tel était le maître mot de 2019 pour cette année. Or le Covid-19 est passé par là et a transformé le projet de plan de relance en une multitude de plans de sauvetage.

Les efforts budgétaires consentis par les Etats et les institutions européens pour sauver leurs citoyens et entreprises confinés sont du jamais vu. Certains dirigeants n’ont pas hésité à se montrer martiaux, à l’image d’Emmanuel Macron le 16 mars dernier: «Nous sommes en guerre, en guerre sanitaire certes.»

Ni tergiversation ni restriction

Ni tergiversation ni restriction dans le combat budgétaire contre la pandémie. Sauf que si Paris a réussi à débloquer 110 milliards d’euros pour renforcer ses capacités médicales et tenter d’atténuer les effets économiques du confinement, Berlin a dans le même temps mis sur la table plus de 1100 milliards d’euros. Comment expliquer cette différence entre les plus grandes économies de l’Union européenne?

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Réponse facile: chaque semaine de confinement partiel ou total leur coûte des points de croissance et creuse les comptes publics. Or l’Allemagne a plusieurs longueurs d’avance sur la France, l’Italie et l’Espagne pour y faire face: des finances saines, une balance commerciale positive et une dette contenue, ce qui lui permet de mettre rapidement sur la table des montants inédits et de déroger exceptionnellement à son principe de frein à l’endettement (Schuldenbremse), quand les autres sont ceinturés par leur niveau d’endettement.

Division européenne

La crise du coronavirus remet ainsi en lumière des trajectoires budgétaires européennes divergentes. Lors du sommet européen du jeudi 23 avril, les 27 se sont montrés incapables de résoudre leurs divisions sur une solution commune. Les Etats du Sud l’appelant de leurs vœux, les Etats du Nord leur opposant un refus, bien que moins catégorique que par le passé. Les deux camps comptant sur la Commission européenne pour trouver un accord a minima d’ici à la deuxième ou la troisième semaine de mai.

D’ici là, les esquisses de solutions pleuvent de tous bords: «coronabonds», obligations perpétuelles, rachats des prêts aux PME par la BCE, emprunts nationaux, etc. Les appels de l’Italie et de l’Espagne à la solidarité se font de plus en plus insistants. C’est oublier que l’euro, la BCE, le Mécanisme européen de stabilité de la Banque européenne d’investissement permettent déjà aux Etats membres de bénéficier de taux d’intérêt au plus bas, grâce à la réputation financière de l’Allemagne ou des Pays-Bas.

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Une montagne de dettes en vue

L’Union européenne et ses Etats membres semblent bien partis pour reprendre les mêmes méthodes que celles qui leur ont permis de surmonter la crise financière de 2008 et la crise de la zone euro qui s’est ensuivie: ouvrir les vannes budgétaires et accumuler une montagne de dettes, qu’elles soient mutualisées ou non. Les freins à la dette publique au sein de l’UE ont d’ores et déjà été levés. Celle de la France est attendue à plus de 115% du produit intérieur brut (contre 98,1% en 2019), celle de l’Italie devrait dépasser les 150% (134,8%). Or ces niveaux ne seront soutenables que grâce aux emprunts massifs de la BCE. En théorie, selon les critères du Traité de Maastricht, la dette des Etats de la zone euro ne devrait pourtant pas dépasser 60% du PIB (elle atteignait fin 2019 59,8% pour l’Allemagne et, dans le cas de la Suisse, 27,5% en 2018).

Pour parvenir à lutter contre la montagne de dettes héritées de 2020, «un effort budgétaire rigoureux et des dépenses publiques plus sélectives» nous attendent, a prudemment exposé François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, et d’asséner qu’il n’y aura «pas de miracle». Ni d’argent magique, pour reprendre l’expression d’Emmanuel Macron.

Après la mobilisation sanitaire, les citoyens européens devront sans doute s’attendre à des sacrifices financiers et sociaux. Car les annulations ou restructurations des dettes semblent, pour l’instant, impraticables et le retour de la croissance apparaît lointain. Déjà l’an dernier, le bon élève allemand a évité de justesse une récession technique. Le rebond de croissance – s’il a lieu et il dépend de la rapidité des déconfinements – ne permettra au mieux que de rattraper les niveaux d’avant-crise.

Seul espoir pour éviter au sein de la zone euro l’austérité et les tensions politiques et sociales qui l’accompagnent: que les fonds mobilisés réussissent à contenir efficacement les pertes d’emplois et les défauts d’entreprises et que les stratégies d’après-crise relancent rapidement la consommation des ménages.