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Coworking: Casser des murs entre les bureaux, ça rapporte

WeWork est valorisé à 20 milliards de dollars. Le coworking est une affaire qui se règle toujours plus entre grandes corporations, alors que des réseaux d’espaces de travail commencent à se former en Suisse

«Briser les murs pour amener les gens à travailler ensemble.» C’est l’idée en vogue pour faciliter l’innovation, mais cela peut aussi s’avérer incroyablement lucratif. Le groupe américain WeWork, qui prête des murs aux entrepreneurs en tous genres, est valorisé à 20 milliards de dollars, l’équivalent de 19,5 milliards de francs. Et tout cela sans posséder de biens immobiliers.

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Cet Uber du coworking revendique pas moins de 150 000 personnes dans sa «communauté», répartie sur 56 villes et 16 pays (pas encore en Suisse). Car, en plus d’offrir des espaces aux entrepreneurs, WeWork leur prodigue conseils juridiques, cours de comptabilité ou services bancaires grâce à ses partenariats avec des réseaux de professionnels.

Le monde du coworking s’élargit

Le modèle d’affaires va de la facturation à l’heure d’utilisation (pour les indépendants), aux bureaux pour start-up (dès 400 dollars par mois) et aux espaces privés aménagés pour entreprises consolidées (tarifs à la carte). Parmi elles, le groupe financier HSBC ou Microsoft, qui louent tous deux quelque 300 postes de travail, mis à disposition des équipes les plus mobiles et numérisées du groupe.

Selon le cofondateur de Spaces, Martijn Roordink, on recense actuellement entre 15 000 et 25 000 espaces de coworking dans le monde. «Mais ce chiffre est appelé à augmenter rapidement à partir du 1er janvier 2019, date à laquelle les nouvelles normes comptables IFRS imposeront aux entreprises d’inscrire à leur bilan l’ensemble de leurs engagements à long terme, dont ceux concernant l’immobilier», estime-t-il.

A le croire, les firmes européennes devraient troquer leur bail contre un contrat de service – location de bureaux de type hôtelier, comprenant une gestion de la réception, de la cafétéria, de l’aménagement ou du nettoyage. De quoi réjouir les marchands de bureaux qui sous-louent déjà, comme WeWork, des immeubles de dix étages.


En Suisse, les grandes entreprises lorgnent le coworking

Longtemps réservé aux autoentrepreneurs ou aux start-up, le coworking gagne le monde bancaire et les cabinets d’audit. Au risque d’y perdre son essence?

Il n’existe pas encore de WeWork helvétique. Mais des réseaux d’espaces de coworking se forment progressivement à travers le pays. L’Association suisse de coworking répertorie quelque 70 établissements, concentrés principalement dans les agglomérations de Zurich, Lausanne et Genève.

Parmi eux, les franchises mondiales Impact Hub (6 espaces en Suisse) et Spaces (2 établissements) ou Gotham!, plus grand espace de coworking de Suisse avec ses 2300 m² à Lausanne, et qui prévoit d’en ouvrir cinq de plus en 2018.

Flexibilisation contractuelle et immobilière

Si le modèle essaime, c’est qu’il fait écho à de profondes transformations du monde professionnel, notamment la flexibilisation des contrats. «Pour une entreprise, mettre une petite équipe dans un espace de coworking permet d’éviter d’avoir à signer des contrats de bail d’un an minimum», souligne le cofondateur de Gotham!, Andreas Schollin-Borg. «Cela leur permet aussi de passer de 5 à 40 employés en un mois.»

Le cofondateur des espaces concurrents Spaces, Martijn Roordink, pense pareil. «Les entreprises, toutes tailles confondues, ne peuvent plus anticiper les variations de leurs effectifs avec le même degré d’assurance qu’auparavant. Elles s’orientent davantage vers des espaces de travail contractuellement moins contraignants et modulables à volonté.»

Les petits vont mourir

La tendance affecte des entreprises de toutes les tailles. Gotham! revendique des contacts avancés avec deux grands groupes bancaire et immobilier. «Au-delà de la place qu’on peut leur offrir, ces entreprises cherchent – à travers ces projets «Lab» – à encourager leurs employés les plus créatifs à échanger un maximum avec des gens très différents.» Une tendance qui renforce le modèle d’affaires des espaces de coworking, en rendant les revenus moins volatiles.

Gotham! croit disposer d’un peu de temps avant la venue en Suisse d’un grand acteur type WeWork. «Le but, c’est de faire quelque chose avant qu’ils soient là, espère Andreas Schollin-Borg. Plus on a de centres et plus on a de chances d’attirer les entreprises. A terme, seuls les grands et les petits espaces spécialisés survivront.»

Mais l’arrivée de ces groupes dans les espaces de coworking ne va-t-elle pas leur faire perdre leur essence? «C’est à nous de donner la dynamique de l’espace à travers nos événements. Si on perd ça, on perd notre valeur ajoutée.»

Collaboration: Dejan Nikolic

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