Cela faisait plusieurs jours que les observateurs guettaient ce développement: mardi, le taux d’intérêt des obligations souveraines allemandes à 10 ans est devenu négatif. Une première.

Un cap que la Suisse avait déjà franchi, les investisseurs se ruant sur ces titres qu’ils considèrent comme sûrs. De même que le Japon, dont le taux de la dette à 10 ans atteint -0,17%. L’intervention des banques centrales, qui rachètent des emprunts obligataires par dizaines de milliards, tend aussi à faire baisser leurs rendements. Le Bund allemand n’a toutefois fait qu’une rapide incursion en territoire négatif (-0,001%) avant de rebondir à 0,002%. Pour de nombreux analystes, le rendement pourrait replonger en dessous de zéro rapidement.

La Fed contribue à l’incertitude

Car le vote sur le «Brexit» agite aussi les marchés financiers. L’indice VIX, qui mesure la volatilité sur les marchés, n’avait plus été aussi élevé depuis février. Jusqu’ici, cet indice, grâce auquel le CBOE mesure le risque sur les actions américaines du S&P500, «a complètement ignoré le Brexit», souligne Michael Purves, un stratège de la société Weeden Company, cité par le Financial Times. «On observe une hausse brutale parce que les marchés commencent à intégrer le risque d’un vote positif pour quitter l’UE», ajoute-t-il.

Les sondages contribuent à ce climat d’incertitude: selon la dernière enquête, publiée lundi, réalisée par ICM et publié par le Guardian, le «oui» garde une longueur d’avance (53% des intentions de vote). Le week-end dernier, deux sondages ont donné la même tendance.

Autre élément d’incertitude, la Réserve fédérale américaine pourrait décider cette semaine d’une nouvelle hausse de taux. Les chiffres décevants du marché de l’emploi ont éloigné cette perspective, mais les marchés restent inquiets de la décision de la banque centrale, attendue mercredi soir.

Le franc sous pression

Dans ce contexte, le franc n’échappe pas aux pressions. Face à l’euro, il a atteint 1,0886, son plus haut niveau depuis mars. La Banque nationale suisse se réunit jeudi. Si aucune décision n’est attendue à ce moment, les spécialistes des marchés des changes estiment qu’elle continue d’intervenir pour éviter que le franc ne se renforce davantage. Les marchés boursiers poursuivent également leur recul depuis plusieurs jours. Le DAX allemand a par exemple perdu presque 5% en une semaine.

Le phénomène des taux négatifs, ou très faibles, pour les emprunts d’Etat commence à susciter des questions. D’autant qu’il s’est propagé aux entreprises, dont 15%, selon l’agence de notation Fitch, offrent des rendements en dessous de zéro en Europe. Pour le célèbre investisseur et spécialiste de l’obligataire Bill Gross, cet amoncellement de dette – Fitch évalue à 10 000 milliards de dollars de dette ayant un rendement négatif, uniquement pour les emprunts souverains – est «une supernova qui va exploser un jour». Dans un tweet, il a rappelé qu’une telle situation ne s’est jamais produite en 500 ans d’histoire sur les marchés obligataires.

Les taux négatifs posent des problèmes aux investisseurs, qui ne savent pas où trouver du rendement pour leur épargne, mais n’offrent pas d’incitation aux gouvernements pour qu’ils maîtrisent leurs finances publiques et réduisent les dettes stratosphériques empilées depuis la crise financière. La semaine dernière, la Suisse a émis une obligation offrant un coupon de 0%, son détenteur ne recevant donc rien chaque année en échange de son prêt.

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