La semaine avait mal débuté à Moscou, elle se termine en déconfiture pour les Bourses européennes et latino-américaines. Minés par les incertitudes politiques en Russie, inquiets d'une éventuelle contagion de la crise financière vers les pays émergents d'Amérique du Sud, les investisseurs se sont retirés des marchés des actions pour se réfugier dans les obligations.

Résultat: toutes les places européennes ont subi de fortes baisses, Francfort décrochant la première place et enregistrant sa plus importante chute en une séance de l'année (voir graphique ci-contre). Londres, pour sa part, a connu la plus forte baisse depuis octobre 1992. «Toute une série de facteurs a joué: la crise asiatique, la crise russe, les frappes militaires américaines et la crainte d'une déflation mondiale», a noté Andy Hartwell, stratégiste à la Société Générale Strauss Turnbull. Autre record: la Bourse de Madrid a clôturé sur sa plus forte chute depuis 1991. Les craintes concernant l'Amérique latine ont pesé davantage à Madrid que sur les autres marchés en raison de la forte implantation des entreprises espagnoles dans cette région.

La Bourse suisse, qui avait ouvert en baisse, a vu ses pertes s'amplifier dans l'après-midi, le marché craignant l'imminence d'une dévaluation au Venezuela, et réagissant à la mauvaise ouverture de Wall Street. Les titres les plus exposés en Asie et en Russie ont logiquement été les plus touchés. Il en va ainsi du groupe Credit Suisse Holding, dont la filiale Credit Suisse First Boston est l'un des principaux acteurs du marché de la dette russe, et qui a chuté de 11 francs à 300,50 (-3,53%). UBS a pour sa part enregistré un recul de 23 francs à 528 (-4,17%). Dans le secteur industriel, ABB a perdu 65 francs à 1880 (-3,34%).

Bénéficiant d'une «fuite vers la qualité», les marchés obligataires ont au contraire bondi, les rendements des emprunts d'Etats à dix ans tombant à des niveaux historiques tant en Europe qu'aux Etats-Unis. Moins rémunérateurs mais plus sûrs, les titres de la dette publique ont connu un joli succès, les investisseurs voulant préserver les gains réalisés sur les marchés des actions.

«On assiste à un effet de domino de la crise des pays émergents depuis l'Asie du Sud-Est et le Japon à la Russie et à présent le mouvement gagne logiquement l'Amérique latine: c'était à prévoir», résumait un gestionnaire de la société de bourse parisienne Du Bouzet interrogé par l'AFP.

D'autant que la situation en Russie n'est pas près d'inspirer confiance. Les marchés ont mal réagi aux derniers développements politiques à Moscou. Au lieu d'examiner le programme anticrise du gouvernement, la Douma (Chambre basse du parlement russe) a adopté, vendredi, une résolution appelant le président Boris Eltsine à démissionner volontairement.

Les déclarations du premier ministre russe Sergueï Kirienko, estimant que la Russie n'était qu'«au début de la crise financière», n'a fait que jeter de l'huile sur le feu. Pire: dans un climat déjà très tendu, la Banque centrale de Russie a annoncé dans la journée qu'elle n'avait «plus les moyens, ni la possibilité» de fixer le cours du rouble.

Après la dévaluation de la devise russe annoncée lundi, la Bourse de Moscou n'a pratiquement pas cessé de chuter, terminant en baisse de 5%. En une semaine, la place moscovite a chuté de 29%, et depuis le début de l'année l'indice RTS a perdu 80%. A court terme, les milieux financiers russes attendent de connaître les termes de la restructuration de la dette intérieure russe en roubles (l'équivalent de 40 milliards de dollars environ), dont l'annonce avait été reportée de mercredi à lundi prochain.