C'est la dégringolade. A l'exception de Tokyo, les principales Bourses de la planète ont connu une journée de déprime noire. Toutes les places européennes ont perdu du terrain dans des proportions importantes. Au vu de l'indice Dow Jones Stoxx 50, c'est même la plus forte chute depuis 15 mois. Pour son premier jour de cotation de l'année, la Bourse suisse n'a pas été épargnée. L'indice Swiss Market Index (SMI) des valeurs vedettes a perdu 302 points (-3,99%) à 7268,10 points contre 7570,10 points le 30 décembre. Le SMI a vu 21 des valeurs qui le composent reculer et seulement 2 s'apprécier.

La soirée à New York n'a pas été plus clémente. Les actions américaines ont connu leur plus forte baisse depuis le 31 août 1998, au moment de la crise financière en Russie. Le Nasdaq, la Bourse des valeurs de croissance a connu la plus forte chute en points depuis sa création il y a 29 ans: -230 points, soit un plongeon de -5,57% à 3901,14 points. Le Dow Jones cédait lui 359,58 points à 10997,93 (-3,17%), une deuxième journée de baisse importante.

«Les gens ne voulaient pas vendre en novembre et décembre. Le jour de la réouverture du marché, boum, ils se sont rués», explique un analyste américain cité par l'agence Bloomberg.

Les investisseurs préfèrent réaliser leurs actions avant que les banques centrales ne relèvent leurs taux pour contenir l'inflation. Plus personne n'en doute: la Réserve fédérale américaine (Fed) devrait reprendre l'initiative ces prochains mois. Lors de leur dernière réunion, les argentiers du comité monétaire avaient laissé leurs taux inchangés. Ils ne souhaitaient pas apporter un élément d'incertitude à quelques semaines du passage à l'an 2000 et du risque de bug. Mais la Fed ne sera pas toujours aussi magnanime avec des marchés financiers en état de surchauffe.

Le marché obligataire, qui reflète les anticipations sur l'évolution des taux d'intérêt, semble opter également pour un relèvement important. Le rendement de la ligne des titres du Trésor américain à trente ans a spectaculairement progressé ces dernières semaines, passant de 6,16% le 10 décembre à près de 6,62% lundi. Il s'agit du niveau le plus haut depuis plus de deux ans mais il reste encore loin des 8,15% de la fin 1994, lorsqu'a commencé la vertigineuse ascension des marchés boursiers américains.

D'ici à la fin 2000, le chef économiste de la banque d'affaires Morgan Stanley Dean Witter, Byron Wien, prévoit une augmentation de plus de cent points de base, de 5,50% à 6,50%, du taux directeur de la Fed. Selon ce dernier, le taux de rendement sur les obligations à 30 ans devrait également passer au-dessus de 7,5%. Outre un contexte de perspectives économiques très optimistes, le FOMC (l'organe de décision de la Fed) compte depuis le début de l'année de nouveaux membres en son sein, partisans d'une politique restrictive. La prochaine réunion de la FOMC, qui se tiendra le 2 février, dira si les «faucons» l'emporteront sur les «colombes». L'enjeu est de taille. Le mois prochain, les Etats-Unis devraient fêter leur dixième année de croissance ininterrompue, un cas unique dans l'histoire économique moderne.

Dans la journée, les analystes européens ne cédaient pas à la panique. «Il faut prendre la chute de mardi comme la correction des excès de la fin 1999, commente François Savary, responsable de la stratégie d'investissement de la Deutsche Bank (Suisse). Nous ne sommes pas dans un scénario de krach pour autant. Les titres qui ont le plus souffert sont ceux qui étaient à la fête ces dernières semaines, autrement dit les valeurs de la technologie.

Un autre secteur a développé une grande sensibilité au relèvement des taux: les banques et autres sociétés financières. Dans de telles circonstances, les établissements empruntent à des taux moins avantageux et voient la valeur de leurs portefeuilles d'obligations se déprécier. La Bourse suisse, qui compte très peu de valeurs liées à la technologie, a vérifié à ses dépens cette loi. Le Credit Suisse a cédé 5,2%, l'UBS 4,4%, Swiss Re 4,6% et Zurich Financial Services 3%.

Plongeon brésilien

Les tempétueux mouvements en Europe et aux Etats-Unis ont immédiatement produit leurs effets dans les économies émergentes. Mardi, les Bourses brésilienne et mexicaine ont elles aussi connu leur pire journée depuis un an. L'indice Bovespa s'est écroulé de 6,4% tandis que le Bolsa suivait à -5,4%. Les investisseurs internationaux sont sortis de ces pays pour couvrir leurs pertes du jour sur les Bourses du Vieux Continent et des Etats-Unis. Comme en Europe, les observateurs semblaient garder la tête froide. La Bourse brésilienne avait gagné 66% lors du dernier trimestre 1999. Une performance qui ne trouvait pas de justification dans les résultats des compagnies cotées. Les compagnies les plus recherchées par les grands investisseurs de la planète comme les groupes de télécommunications et les firmes pétrolières ont été particulièrement à la peine à la Bourse brésilienne.

Après la baisse de Wall Street lundi, le dollar s'est fait chahuter. L'euro est passé au-dessus de 1,03 dollar et réalise son cours le plus élevé depuis six semaines. A Zurich, le billet vert valait mardi 1,5577 franc contre 1,5947 précédemment.