Merrill Lynch a révisé à la baisse ses prévisions économiques pour la zone euro de 2,7% à 2,5%. La raison principale en est la faiblesse des exportations européennes qui sont traditionnellement le principal moteur de croissance

économique. En outre, l'effondrement de l'activité manufacturière américaine indique qu'une certaine prudence s'impose à l'égard des chiffres économiques et des bénéfices en Europe. L'Europe n'est pas immunisée contre ce qui se passe aux Etats-Unis, et la zone euro est davantage orientée vers la production que ne l'est l'économie américaine. En effet, le poids du secteur manufacturier dans l'économie est de 28% en Europe contre seulement 18% aux Etats-Unis.

La corrélation étroite entre la production industrielle américaine et l'indice économique de référence européen, le sondage IFO, reste une statistique inquiétante. L'activité manufacturière américaine, hors technologie, s'est affaiblie au cours des derniers mois. L'indice IFO a, quant à lui, enregistré un recul encore plus marqué, s'inscrivant en baisse pendant sept mois consécutifs. La chute pourrait se poursuivre en ligne avec les chiffres américains. Nous ne prévoyons pas une amélioration économique sensible à ce moment. Nous pensons que la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne devraient réduire leurs taux pour soutenir la croissance économique. Ces réductions devraient être effectuées pendant le premier semestre de l'année. Nous tablons sur une réduction de 100 points de base des taux du marché monétaire par la Fed. La première vient de se produire. Et nous prévoyons aussi une réduction de 50 points de base par la Banque centrale européenne.

Dans un récent sondage effectué par Merrill Lynch, les gestionnaires de fonds européens ont exprimé un optimisme particulier à l'égard des valeurs du secteur bancaire. Ils ont peut-être raison. En effet, les craintes d'un credit crunch s'estompent alors que les rendements d'obligations spéculatives ont recommencé à chuter.

Vers la fin de l'année dernière, les marchés craignaient que des réductions des crédits disponibles aux sociétés et aux particuliers ne freinent la croissance économique, notamment aux Etats-Unis. Les inquiétudes sur la détérioration de la qualité de crédit ont provoqué la hausse des rendements obligataires des sociétés moins bien notées, dans le contexte d'une perception du risque de défaut accru. Ces craintes se sont estompées à présent, et les rendements d'obligations spéculatives sont retombés. Le rendement de l'indice Merrill Lynch European High Yield Master s'est effondré à partir d'un sommet de 16,8% début décembre à 14,4% à la mi-janvier.

Un autre facteur stimulant potentiel pour les valeurs financières est la possibilité de baisses de taux d'intérêt par la Banque centrale européenne dans les mois à venir en réponse à la détérioration des données économiques européennes. La courbe des rendements allemande continue à légèrement s'abaisser, le différentiel entre les taux d'intérêt à court terme plus bas et les taux d'intérêt à long terme plus élevés augmentant régulièrement. Une plus grande pente de la courbe des rendements est généralement un élément favorable aux valeurs financières, car elle permet aux banques de lever des capitaux à court terme à des taux d'intérêt intéressants pour les prêter à plus long terme avec des taux d'intérêt plus élevés.

Le dernier élément en faveur du secteur bancaire est que ce secteur est l'un des seuls en Europe qui affiche toujours des révisions à la hausse des prévisions de bénéfices pour 2001. Nous maintenons notre surpondération du secteur bancaire.

Mais qu'en est-il maintenant de l'euro qui, pendant la plus grande partie de 2000, a perdu de la valeur par rapport au dollar américain et à la livre sterling? Un chiffre record de 77% des gestionnaires de fonds interrogés par Merrill Lynch ont déclaré que c'était leur devise préférée pour 2001. Nous misons également sur un euro plus ferme et nous tablons sur la parité de la monnaie unique par rapport au dollar avant le milieu de l'année. Actuellement, 1 dollar achète 1,065 euro. Toutefois, le fait qu'un si grand nombre d'investisseurs aient adopté une position surpondérée sur la monnaie européenne pourrait ralentir le redressement de l'euro.

A long terme, nous pensons que les valeurs bancaires et des TMT (télécommunications et technologie) de meilleure qualité sont les meilleurs placements pour profiter du redressement boursier actuel. Plus les chiffres économiques américains et européens seront faibles, plus les réductions de taux d'intérêt et les injections de liquidités par les banques centrales seront importantes, et cela favorisera en priorité ces deux secteurs. A moins que des nouvelles économiques plus fortes que prévu et qu'une hausse nette du prix du pétrole ne coïncident avec des bénéfices plus faibles que prévu, ce redressement devrait se poursuivre.

*Michael Hartnett est directeur de la stratégie actions paneuropéenne chez Merrill Lynch & Co. à Londres.