Le rapport Ernst & Young sur la débâcle de Swissair, publié vendredi dernier, intéresse beaucoup la Belgique et tout particulièrement les milieux proches de l'ancienne compagnie aérienne Sabena. Ainsi, le commissaire au sursis concordataire de la compagnie belge s'est-il immédiatement penché sur le résultat de ce rapport. Selon le quotidien Le Soir, il a décidé de mener prochainement une action en justice devant le Tribunal de commerce de Bruxelles contre Swissair et SwissairGroup. Etant donné la probable insolvabilité de ces deux entités, il compte étendre son action aux banques, anciennes actionnaires de Swissair, Credit Suisse et UBS.

L'avocat Christian Van Buggenhout – injoignable hier – défend les intérêts des créanciers de Sabena. Il espère obtenir le remboursement de l'entier du passif de l'ancienne compagnie, soit 2,4 milliards d'euros (3,6 milliards de francs). Interrogé par l'ATS, Credit Suisse Group, dont l'ancien dirigeant Lukas Mühlemann a siégé au conseil d'administration de Swissair, ne voit «pas de base juridique» à une telle action. Même réaction chez UBS.

Christian Van Buggenhout estime cependant qu'un article de loi belge pourrait permettre de sanctionner Swissair. Ce texte prévoit qu'une société qui, par faute «grave et caractérisée», entraîne la faillite d'une entreprise qu'elle contrôle dans les faits peut être condamnée à rembourser tout ou partie de ses dettes. «Je prépare actuellement le dossier et agirai lorsqu'il sera prêt, a déclaré Christian Van Buggenhout au Soir. Je pense disposer de suffisamment d'éléments pour obtenir gain de cause.»

Le ministre belge des entreprises publiques, Rik Daems – ancien ministre de tutelle de Sabena dont l'Etat belge était actionnaire à 50,5% –, a évoqué samedi, suite à la publication du travail d'Ernst & Young, de possibles poursuites civiles contre les actionnaires de Swissair. Selon son porte-parole, qui évoque de multiples contacts depuis, ses avocats ont intensément travaillé sur le rapport. «En plus des mesures qui sont déjà prises contre Swissair, confirme son cabinet, des actions supplémentaires pourraient être entreprises.» Elles pourraient être annoncées dès aujourd'hui à Bruxelles. Reste que, malgré sa richesse, le rapport d'Ernst & Young ne contient que peu d'indications sur l'affaire Sabena, les documents qui s'y rapportaient étant introuvables. Pendant ce temps, la Commission parlementaire belge sur Sabena met la dernière touche à son rapport. Elle y travaillait encore hier soir et n'excluait pas d'y passer la nuit. La publication de cette enquête parlementaire est attendue demain.