Matières premières

Crédit Agricole: «Il n’y aura plus de Dakota XL pour nous»

Sous pression, les banques européennes se retirent peu à peu du financement des énergies fossiles. Stanislas Pottier, directeur du développement durable de Crédit Agricole SA, critique les effets d’annonce

La semaine dernière, BNP Paribas annonçait son intention de ne plus financer de projets en lien avec les hydrocarbures non-conventionnels, gaz et pétrole de schiste en tête. Un retrait accueilli avec scepticisme par le secteur financier mais qui illustre une tendance de fond. Sous la pression des ONG, les banques européennes se retirent peu à peu des énergies fossiles les plus polluantes. Entretien avec Stanislas Pottier, directeur du développement durable de Crédit Agricole SA. Un poste créé en 2011, avec l’arrivée de cet ancien de la Banque mondiale.

Le Temps: BNP Paribas s’est retirée des hydrocarbures non conventionnels. Pourquoi avez-vous alors parlé de «surenchère»?

Stanislas Pottier: Les ONG ont bien compris qu’il est plus facile de s’attaquer aux banques et au financement que de changer le comportement des consommateurs ou des entreprises. Elles ont mis beaucoup de pression pour que les banques sortent du charbon. Ce que Crédit Agricole a fait entre 2015 et 2016. Mais ce n’est pas la course à l’échalote.

– C’est-à-dire?

– Le rôle des banques, c’est de favoriser et d’accompagner la transition écologique. Il faut rester branché sur les acteurs économiques et faire en sorte que les mesures prises aient un réel impact sur le marché. Il ne suffit pas de faire des annonces pour régler le problème des hydrocarbures.

– J’en déduis qu’un retrait du gaz et du pétrole de schiste n’est pas à l’ordre du jour chez Crédit Agricole…

– Nous poursuivons leur financement mais avons établi des restrictions depuis 2012. Notre politique environnementale est en constante évolution.

– Quelles sont ces restrictions?

– Elles sont d’ordre social mais aussi technique. Il faut par exemple que les populations locales soient consultées avant de faire un forage ou que les eaux usées soient recyclées. Nous sommes aussi attentifs aux conditions du forage et au matériel employé. Mais notre exposition est de toute façon très marginale.

– On n’attend pas forcément une banque verte dans ce secteur… Vous n’avez pas reçu de pressions de vos clients?

– La pression s’est surtout manifestée en lien avec le financement de gazoducs. Le cas du pipeline Dakota XL notamment. Les tribus sioux [dont les territoires étaient traversés par le projet, ndlr] se sont mobilisées et ont bénéficié d’un écho incroyable compte tenu de l’exotisme du sujet. Or, il était trop tard pour faire marche arrière. Les lignes de financement étaient déjà tirées et, en tant que créancier minoritaire dans un panel de grandes banques américaines, nous n’avions que très peu de pouvoir pour exiger le respect des règles.

– Cela veut-il dire que Crédit Agricole ne financera plus des projets dans ces conditions?

– Nous avons revu nos pratiques. Il n’y aura plus de nouveau Dakota XL pour Crédit Agricole. Nous avons réuni un groupe de banques afin de durcir les règles et éviter les dérives rencontrées sur le Dakota XL.

– Le financement de matières premières est-il compatible avec l’investissement durable?

– Les ventes et couvertures à terme ont été inventées au XIXe siècle pour protéger le secteur agricole des aléas climatiques. Elles ont toujours leur utilité. Mais les banques actives dans le négoce de matières premières ont été accusées de contribuer à la faim dans le monde. Une question politique, d’accès à la nourriture. Crédit Agricole s’est retiré du secteur parce que nous n’avions pas la taille critique et avons perdu, au passage, une expertise reconnue sur le marché des certificats d’émission carbone. Un système bon en soi mais qui ne fonctionne pas car l’Europe politique a inondé le marché de certificats.

– Crédit Agricole pourrait-il financer des projets d’exploration dans l’Arctique?

– Nous excluons le financement de projets pétroliers offshore depuis 2012. C’est l’une des premières choses que j’ai faites en arrivant dans la banque. L’exploration pétrolière en zone arctique est un non-sens environnemental. En cas de fuite, on serait incapable de gérer une marée noire. La température des eaux empêche la résorption spontanée des bactéries et la dispersion de la contamination serait totalement imprévisible en raison du cycle gel-fonte. Au-delà de ça, il y a également la question de la sécurité des hommes. Il n’y a que trois brise-glace pour tout l’Arctique. En cas de catastrophe, comment organise-t-on les secours?

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