Même si, dans l'imaginaire public, le Crédit Agricole (CA) est encore la banque des campagnes françaises, il y a bien longtemps que l'établissement a quitté ses villages pour se lancer à la conquête des marchés globaux. «Ayant réalisé notre fusion avec le Crédit Lyonnais en été 2005 avec 18 mois d'avance sur le programme, nous avons accéléré le développement de notre groupe», a résumé jeudi le directeur général, Georges Pauget, lors d'un entretien avec quelques journalistes à Genève.

Deux acquisitions ont traduit cette stratégie dans les faits. La banque grecque Emporiki a été acquise en juin. Pour 2,2 milliards d'euros, le groupe s'est emparé de 10% du marché hellénique de la banque de détail. En octobre, ce sont 654 agences italiennes qui ont été cédées au CA par la banque italienne Intesa, pour une valeur de 5,96 milliards d'euros. «Ce réseau représente une part de marché de 3,3% au sud des Alpes», poursuit le directeur général. Les deux pays méditerranéens rejoignent ainsi la galaxie de ce groupe bancaire actif dans 60 Etats.

Cette croissance a un impact direct sur les affaires de la banque en Suisse, qui occupe 1190 personnes. Celles-ci se divisent en deux activités principales, le négoce (pétrole, métaux et produits agricoles) et la gestion de fortune. La santé de la filiale helvétique, qui gère 51 milliards de francs après consolidation des actifs hérités du Lyonnais, a un lien direct avec la croissance du réseau d'agences au plan international.

«Nous organisons des relations très construites entre notre clientèle on shore et nos gérants en Suisse, qui peuvent assurer des prestations off shore. L'ensemble de la banque peut ainsi profiter du savoir-faire helvétique en matière de gestion de fortune privée», a poursuivi Georges Pauget.

Le développement de la gestion de fortune ne s'est pas fait sans quelques débats internes à ce groupe bancaire à la base mutualiste. Cependant, les interrogations éthiques ne freinent pas Georges Pauget, qui voit dans cette activité une génération de chiffre d'affaires renforçant le socle de revenus de base pour l'ensemble du groupe.

«Notre stratégie de croissance se base sur le maintien à 65% environ de la part des revenus récurrents dans le total des produits de nos activités bancaires», a poursuivi le directeur général. Cet objectif plutôt conservateur est dicté par la structure particulière de l'actionnariat: 55% du capital est détenu par les Caisses régionales du Crédit Agricole en France, organisées sur le modèle de la coopérative. «Cette organisation nous oblige à appliquer une stratégie prudente axée sur le long terme», expose le numéro un du groupe bancaire.

Banques trop chères

C'est pourquoi la banque se réclame de la plus grande prudence au moment d'examiner des opportunités d'achat, en dépit de ses deux grosses acquisitions de l'été et de l'automne. «En matière de croissance externe, nous suivons un raisonnement industriel. Les cibles doivent être des banques saines dont l'intégration dans notre groupe doit se faire rapidement et facilement. La qualité de l'équipe de direction joue un rôle éminent dans notre sélection», ajoute Georges Pauget.

Le CA se dit disposé à acheter de nouvelles banques de gestion en Suisse, mais pas maintenant: les prix sont trop élevés.