L'accroissement du risque de crédit dans l'économie constitue la principale source de risque pour le secteur bancaire à court et à moyen termes, estime la BNS (Banque Nationale Suisse) dans son «Rapport sur la stabilité du système financier suisse», pour la première fois rendu public, ce vendredi. Il sera publié tous les ans. Lors de la présentation de la version préalable de ce rapport le mois dernier, Niklaus Blattner, vice-président de la BNS depuis le 1er juillet, avait souligné la bonne résistance du secteur bancaire suisse face à la dégradation des conditions économiques et boursières en 2002. La relative robustesse de la rentabilité des banques l'an dernier – le bénéfice moyen a reculé de 21% (Le Temps du 5 juin) – résulte de la prépondérance des activités de crédits comme sources de bénéfices, compte tenu de la chute des revenus tirés de la gestion de fortune et de la banque d'investissement.

La BNS n'en signale pas moins deux sources potentielles de tensions. Premièrement, en cas de mauvaise conjoncture persistante, il faut s'attendre à une dégradation de la qualité des emprunteurs qui se traduirait par une augmentation du besoin de provisions des banques suisses. Ces craintes ont d'ailleurs déjà été exprimées par plus d'un responsable bancaire. Deuxièmement, la capacité des banques à accroître leurs revenus se dégradera sans amélioration de la situation sur les marchés boursiers.

Sur la base des trois indicateurs clés utilisés pour évaluer les risques courus par les banques, la BNS arrive à la conclusion qu'il faut s'attendre à un accroissement du risque de crédit en 2003 alors que celui-ci a diminué en 2002 à en juger par le montant des correctifs de valeurs et provisions. Le risque de marché a lui aussi reculé l'an dernier alors que le risque de taux d'intérêt est demeuré faible. Les correctifs de valeurs et provisions pour risques de défaillance représentaient 2,9% du total des crédits à fin 2002 contre 3,3% un an auparavant. Mais, selon les établissements, ce ratio a varié entre 1% et 4% des crédits accordés. Ce qui s'explique bien sûr par la structure diverse des portefeuilles. Ainsi la part des créances hypothécaires atteint 90% pour les banques régionales et Raiffeisen, 80% pour les banques cantonales mais un peu plus de 40% seulement pour les grandes banques. Or neuf dixièmes des créances hypothécaires sont en premier rang et n'impliquent donc que de faibles correctifs de valeur.

En 2002, les créances sur la clientèle ont d'ailleurs baissé de plus de 10%. Selon la BNS, ce recul considérable ne constitue pas un problème en soi et ne peut être attribué ni à une diminution de la demande de crédits des entreprises ni à une réduction de l'offre de crédits des banques. Le rapport de la BNS souligne même le rôle positif de ce recul sur le plan de la stabilité financière, même si une politique de crédits excessivement restrictive peut accentuer le ralentissement conjoncturel.

Les fonds propres des banques suisses ont légèrement (-2,7%) diminué en 2002 et la capitalisation du secteur bancaire est, dans son ensemble, jugée adéquate et même «bonne» en comparaison historique et internationale. Les ratios de fonds propres pondérés (en fonction du risque) sont dans l'ensemble restés stables alors que les excédents de fonds propres (sur les fonds propres exigibles) ont légèrement diminué pour les grandes banques (-2% sur base individuelle, -0,4% sur base consolidée), pour les banques cantonales (-3,1%) et régionales (-0,3%). Ces excédents ont en revanche augmenté pour les banques Raiffeisen (+8,9%). Si, en comparaison internationale, les grandes banques suisses affichent les ratios pondérés les plus élevés, leurs ratios de fonds propres non pondérés sont les plus faibles. Ce que le rapport explique par des bilans alourdis par des créances interbancaires (27% du bilan), hypothécaires et gagées (18%) mais jugées peu exposées aux risques.