Le Credit Suisse Group (CSG) se positionne en Espagne. En reprenant les activités de gestion de fortune de la banque néerlandaise ABN AMRO en Espagne, Credit Suisse Private Banking, une société du CSG, conforte sa position de leader sur le marché de la gestion de fortune hispanique. Grâce à l'acquisition de cette unité qui possède des bureaux à Madrid et Barcelone, le volume des avoirs gérés par le Credit Suisse Private Banking dans ce pays dépasse désormais 3 milliards de francs suisses. Ces effectifs rejoignent les quelque 100 collaborateurs qui opèrent déjà pour le Credit Suisse Private Banking en Espagne. Ils assisteront la banque dans le développement de ses prestations dans la région. D'un commun accord, le prix de la transaction n'a pas été divulgué.

Elargissement de la base d'affaires et de clientèle

Pour le Credit Suisse Private Banking, cette acquisition ne tient pas du hasard. Elle lui permet d'élargir et de consolider sa base d'affaires et de clientèle sur un marché de private banking doté d'un potentiel considérable. En effet, l'unité de gestion de fortune de la deuxième plus grande banque suisse a misé sur l'Espagne et l'Italie pour étendre ses activités, car la croissance dans ce secteur d'activité pour ces deux pays devrait dépasser de loin celle des autres pays européens. L'Espagne est le septième plus grand marché au monde en termes de fonds et sa croissance devrait atteindre près de 20% ses prochaines années. De fait, au mois de mars, le Credit Suisse avait fait l'acquisition de Gestion Integral, une banque madrilène employant 25 personnes. Claudia von Türk, analyste financière auprès de la banque privée genevoise Pictet & Cie, le confirme: «l'Espagne devient un marché important pour le Credit Suisse, et la banque désire clairement étendre sa présence.»

Credit Suisse Private Banking, qui compte plus de 300 000 clients dans le monde, gère des actifs totalisant à la fin de l'année dernière 403 milliards de francs. En Suisse, la division du CSG dispose de plus de 50 implantations. A l'étranger, elle présente un réseau de 35 agences.

Il n'en demeure pas moins que la banque continuera de regarder très attentivement toutes les possibilités d'acquisitions qui ne manqueront pas de se manifester en Espagne, assure le service de presse du Credit Suisse Private Banking. D'autant plus que la concurrence est également active. Morgan Stanley Dean Witter & Co, la troisième entreprise de courtage américaine, a décidé au mois de février d'acquérir Asesores Bursatiles, le plus grand courtier espagnol. Cette acquisition a permis à Morgan Stanley de disposer d'un réseau de 40 succursales ainsi que de 4,34 milliards de dollars d'actifs sous gestion. Mais l'Espagne n'est pas le seul pays visé par le Credit Suisse. La grande banque est également attentive afin de développer ses activités en Italie, en France, en Allemagne ainsi que sur le marché domestique helvétique. L'UBS est également à l'affût pour augmenter sa présence sur le marché de la gestion de fortune privée. Ainsi, UBS (France) S.A. – la filiale à 100% du Groupe UBS – s'est lancée dans le private banking à Paris depuis le 1er juin dernier. En voulant étendre ses activités locales de gestion à la clientèle privée française, la grande banque a manifesté son ambition de devenir dans les années qui viennent l'un des acteurs majeurs de la gestion privée en France.

Stratégie modifiée

Reste que Werner Flückiger, responsable du Credit Suisse Private Banking en Espagne, se réjouit de conforter la position du Credit Suisse «comme l'une des premières banques étrangères de private banking en Espagne». Au delà, cette acquisition marque également à quel point le Credit Suisse et d'autres banques ont modifié leur stratégie par rapport au métier de la gestion de fortune.

Après avoir perdu beaucoup de fonds dans les activités plus risquées de banque d'investissement l'année dernière, les banques focalisent maintenant leur attention sur les revenus plus stables que peut procurer le segment de la gestion de fortune privée.