«Je m’appelle Alexandre Zeller et je n’aime pas perdre». C’est la première phrase que les employés de la BCV ont entendue de leur nouveau patron, à son arrivée en 2002. Quatorze ans plus tard, le banquier romand le plus reconnu outre-Sarine ne sait pas encore comment il se présentera aux collaborateurs de l’entité suisse de Credit Suisse, dont il prend la présidence le 1er octobre. Mais il possède toutes les clés pour cette nouvelle mission, dans laquelle il a tout à gagner.

Dans les années 1980, que pouvait bien faire un jeune Vaudois diplômé d’HEC voulant apprendre le suisse allemand et à se former à l’étranger, sans y faire carrière? Embrasser deux ans de cours du soir de Züridütsch, quitter Nestlé et rejoindre Crédit Suisse. Alexandre Zeller y restera 16 ans et finira par diriger la gestion de fortune de la deuxième banque du pays.

«Un leader à la capacité de travail exceptionnelle»

En 2002, le jeune capitaine de l’armée suisse constitue la moitié de la «dream team» débauchée pour redresser la Banque Cantonale Vaudoise, avec son collègue et ami Olivier Steimer (qui préside toujours la BCV). Arrivés au pic des problèmes immobiliers de la banque, le duo supervise son sauvetage à 1,2 milliard de francs. Après un plancher à 45 francs en mars 2003, l’action retrouve au printemps 2007 son sommet d’avant la crise, à près de 460 francs.

Alexandre Zeller y gagne une réputation de «leader, pas de manager, capable d’insuffler une dynamique, avec une capacité de travail exceptionnelle», se souvient l’un de ses proches collaborateurs. Mais le participant régulier à la Patrouille des glaciers, resté accessible et les pieds sur terre, ne capitalise pas sur son image de redresseur de banques.

Le banquier le plus médiatique de Suisse romande

Il rejoint à l’été 2008 la banque la plus sexy du moment, HSBC Private Bank, qu’il est chargé de mieux intégrer au groupe britannique. Un humble Vaudois va diriger la filiale suisse d’une des plus grandes banques de la planète: un événement dans le microcosme financier de l’époque.

A 47 ans, le très bon cuisinier (depuis un bref passage dans une école hôtelière) devient le banquier le plus médiatique de Suisse romande, avec son mélange assez inédit d’affabilité vaudoise et de flegme britannique. HSBC divertit ses clients au Festival Menuhin de Gstaad et éblouit la presse économique par ses résultats stratosphériques.

Gérer l’affaire Falciani

Avec près de 200 milliards de francs sous gestion et 700 à 800 millions de bénéfices annuels, rien ne semble pouvoir arrêter le numéro trois de la gestion de fortune en Suisse derrière UBS et Credit Suisse. Puis Falciani est arrivé.

Puis Falciani s’est enfui, surtout, un soir de décembre 2008 avec les noms des clients de la banque qu’il avait volés entre octobre 2006 et mars 2007. Le scandale éclate le 9 décembre 2009.

Alexandre Zeller doit gérer cette crise qui n’est pas la sienne. Face à des dizaines de milliers de clients fâchés et une presse qui voit l’édifice se fissurer, le communicateur calme et structuré explique et réexplique le casse du siècle.

Il reste très affecté qu’on lui ait reproché d’avoir sous-estimé l’ampleur du vol. Mais son vrai regret est ailleurs: que personne ne se soit intéressé à la situation qui avait permis ce vol, c’est-à-dire à la façon dont HSBC Genève était géré dans les années 2000.

Un patron apprécié de tous

Son départ de la banque, en 2012, est provoqué par l’arrivée en Suisse d’un responsable de la gestion de fortune sur le plan mondial chez HSBC, avec qui les relations seront exécrables. Et aussi par la volonté du groupe de reprendre en main cette unité suisse qui lui apporte une part minime de ses bénéfices, mais provoque des dégâts d’image massifs. Alexandre Zeller laisse le souvenir d’un patron unanimement apprécié dans la banque.

Dès 2013, il se lance dans une nouvelle carrière, d’administrateur, une tâche qu’il exerçait chez Kudelski depuis 2007. Puis chez Maus Frères (propriétaire de Manor et de Lacoste notamment), SIX Group et Lombard Odier. Son nom circule l’an dernier lorsque la Finma cherche un nouveau président. Il a effectivement été approché, mais le timing n’était pas bon, confirme un connaisseur du dossier.

Un poste sur mesure

Son poste à la tête de la future entité suisse de Credit Suisse représente un hybride assez idéal de ses expériences à la BCV et chez HSBC. Entre l’urgence de redresser une institution en crise et la nécessité de développer son activité. Avec la responsabilité de lever entre deux et quatre milliards de capitaux via une introduction partielle en bourse et de fournir près de 25% des revenus du groupe bancaire.

Certains le voient déjà futur président du groupe Credit Suisse. Ce n’est pas du tout son objectif, il veut rester à son niveau de compétences, assure un de ses proches. Avec sa connaissance de la banque, des infrastructures financières et du rôle d’administrateur, Alexandre Zeller possède pourtant toutes les clés de l’étage supérieur. Y compris le dialecte zurichois. Il n’aura même plus besoin de décliner son identité.


Profil

1961: Naissance à Genève d’un père militaire de carrière et d’une mère peintre en porcelaine.

1987: Après trois ans chez Nestlé, rejoint Crédit Suisse dont il devient responsable du private banking en 1999.

2002: Directeur général de la Banque Cantonale Vaudoise.

2008: Patron de HSBC Private Bank à Genève.

2014: Président de SIX Group, l’opérateur de la bourse suisse.

2016: Président du Conseil d’administration de Credit Suisse (Suisse), dès le 1er octobre.