L'affaire de l'ex-analyste du Credit Suisse Group (CSG), licencié avec effet immédiat début juillet 2000 après une recommandation négative sur SAirGroup, est passée mercredi devant le Tribunal des prud'hommes de Zurich (lire LT du 7 février 2000). Il aura fallu pas moins de trois heures pour que les deux parties exposent leurs arguments. D'un côté Eduard Stürmli, avocat du plaignant Christopher Chandiramani (43 ans). De l'autre Christian Meister, avocat du Credit Suisse Private Banking (CSPB). La division de la banque était représentée par sa propre juriste, Renate Schwob. Mais en raison du manque de temps, aucun jugement n'a été rendu mercredi. La prochaine session aura lieu le 21 mars.

Au total, l'ancien employé demande près de 485 000 francs de dommages et compensation. Une somme qui inclut 72 063 francs (soit six mois de salaire pour avoir dû résilier son contrat sous pression), 3868 francs de dommages pour renoncement aux conditions favorables que la banque lui offrait sur les crédits hypothécaires, 45 000 francs (soit l'équivalent de son bonus pour l'an 2000 réparti sur dix mois), 162 075 francs qui correspondent à 1240 heures supplémentaires, 1500 francs de frais de voyages qui correspondent au tiers du prix de l'abonnement général et enfin 200 000 francs de dédommagement moral. Selon l'avocat de Christopher Chandiramani, cette affaire a tellement nui à la réputation de son client qu'elle en a détruit sa carrière. L'ex-analyste demande que le CSPB lui fournisse des excuses ainsi que sa réhabilitation, sous forme écrite, dans sa fonction d'analyste.

Conflit d'intérêts

Le plaignant affirme avoir perdu son emploi car il y avait un conflit d'intérêts entre le conseil d'administration du Credit Suisse Group (CSG) – dans lequel siège l'ancien patron de SAirGroup, Philippe Bruggisser – et SAirGroup – où l'on retrouve le patron du CSG, Lukas Mühlemann. La recommandation négative n'aurait pas plu à Philippe Bruggisser, qui se serait plaint au responsable du CSPB, Oswald Grübel, et à Lukas Mühlemann.

Mais selon le CSPB, l'employé aurait été licencié pour d'autres raisons. Notamment pour avoir appelé de son propre chef l'agence d'informations financières Reuters après avoir émis cette recommandation, alors que rien dans son contrat ne l'autorisait à parler aux médias. «C'était aux responsables de la communication de le faire», a argumenté Christian Meister. L'employé, qui a travaillé pendant trois ans et demi au CSPB et vingt ans dans la banque, aurait déjà reçu trois avertissements verbaux de ses responsables au CSPB pour avoir parlé aux médias, affirme le groupe.

De son côté, l'avocat de Christopher Chandirmani insiste pour rappeler que SAirGroup ne faisait pas partie des valeurs mises sur la «liste restreinte», c'est-à-dire celles sur lesquelles aucune opinion ne peut-être émise. Le CSPB n'a fléchi que sur un point: il paiera 1466,70 francs de frais de transport, soit un tiers de l'abonnement général.