Credit Suisse a connu un début d’année poussif, conformément au récent avertissement sur résultat. Obligé de réduire ses risques après les affaires Archegos et Greensill, le numéro deux bancaire helvétique a vu ses recettes chuter, alors que la guerre en Ukraine et les provisions ont alourdi les charges.

«Le premier trimestre 2022 a été marqué par des conditions de marché volatiles et l’aversion au risque des clients», explique mercredi le directeur général Thomas Gottstein, cité dans le communiqué. Ce contexte défavorable, couplé à la réorientation de Credit Suisse et l’accumulation de litiges, a conduit à un premier trimestre plus mauvais que celui attendu par la communauté financière.

Recettes en baisse

Le numéro deux bancaire helvétique a ainsi subi une perte nette de 273 millions de francs, plus forte que celle de 231 millions enregistrée au premier trimestre 2021.

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Le résultat avant impôts s’est inscrit à -428 millions de francs, contre -757 millions précédemment, indique mercredi la banque aux deux voiles. Les recettes ont plongé de 42% à 4,41 milliards et les charges d’exploitation ont pris 26% à 4,95 milliards, plombées par une augmentation de 703 millions de frais de litiges sur le trimestre.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a pesé à hauteur de 206 millions de francs sur le résultat de Credit Suisse sur le premier partiel. A cela, il faut ajouter un impact négatif de 353 millions lié à la participation dans Allfunds. Credit Suisse a pu contrebalancer ces effets négatifs par des gains immobiliers de 164 millions.

Exposition à la Russie réduite

Ces éléments sont conformes aux chiffres publiés lors de l’avertissement sur résultats de la semaine dernière. La dissolution de provisions en lien avec l’affaire Archegos s’est cependant élevée à 155 millions de francs, moins que les 170 millions initialement annoncés.

L’exposition nette de la grande banque à la Russie a été réduite à 373 millions de francs à fin mars, soit une diminution de 56% sur trois mois. L’exposition de crédit vis-à-vis des établissements russes a chuté de 67% et les efforts dans ce sens se poursuivent, assure Credit Suisse.

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La valeur nette des succursales russes du groupe s’élevait à fin mars à quelque 200 millions de francs, en recul de 16 millions en rythme trimestriels.

Dans le communiqué, M. Gottstein rappelle que 2022 sera une «année de transition» pour Credit Suisse. La réorientation stratégique adoptée – mettant l’accent sur la gestion de fortune au détriment de la banque d’affaires – devrait commencer à porter ses fruits l’année prochaine.

Le resserrement des politiques monétaires et la guerre en Ukraine ont entamé sérieusement l’appétit du risque sur les marchés financiers, ce qui va avoir un impact négatif sur l’activité clientèle. Cela affectera la division de gestion de fortune et les volumes d’émission dans la banque d’affaires, prévient la banque aux deux voiles.

Départs confirmés

Les scandales à répétition ont visiblement eu raison de plusieurs membres de la direction générale. La banque aux deux voiles a confirmé divers départs annoncés ce week-end dans la presse, notamment celui du chef financier (CFO) David Mathers.

Une page se tourne ainsi pour David Mathers, qui assume les fonctions de CFO depuis 201O, rappelle mercredi le numéro deux bancaire helvétique. Il est également directeur général (CEO) de Credit Suisse International depuis 2010. M. Mathers restera en place jusqu’à l’arrivée de son successeur.

Directeur juridique depuis plus de dix ans, Romeo Cerutti va également quitter son poste. Il sera remplacé le 1er juillet par Markus Diethelm, qui a déjà occupé les mêmes fonctions chez UBS entre 2014 et 2021, précise le communiqué.

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Francesca McDonagh va succéder à Francesco De Ferrari à la tête de la région Europe, Moyen-Orient et Afrique (Emea) au 1er octobre. M. de Ferrari occupait ce poste à titre intérimaire depuis janvier 2022, en plus de la responsabilité de la division de fortune. La future cheffe Emea travaille pour Credit Suisse depuis 2017. Elle était auparavant directrice générale de Bank of Ireland et a également assumé des fonctions de cadre chez HSBC.

Credit Suisse a placé Edwin Low à la tête de la zone Asie-Pacifique (Apac) au 1er juin, en lieu et place de Helman Sitohang. Arrivé chez Credit Suisse en 1996, M. Low est l’actuel codirecteur général de la banque d’affaires pour la région Apac, basée à Singapour, et possède également la casquette de CEO pour les activités en Asie du Sud-Est.

Nombreuses déconvenues

Ces départs viennent confirmer des informations publiées ce week-end dans la presse dominicale, faisant état de départs à la direction générale, plus particulièrement ceux de David Mathers, Romeo Cerutti et Helman Sitohang. Ces trois responsables sont de loin ceux qui sont en place depuis le plus longtemps au sein du comité exécutif de la banque aux deux voiles.

Ces derniers temps, les critiques à l’encontre de M. Cerutti se sont faites plus audibles, notamment à cause de l’affaire judiciaire aux Bermudes, affirmait la NZZ am Sonntag. Un tribunal dans cette juridiction a donné récemment tort à une filiale locale d’assurances, Credit Suisse Life Bermuda, dans un litige avec le milliardaire et ancien Premier ministre géorgien Bidzina Ivanichvili. La grande banque a fait appel de la décision.

Cette affaire est venue s’ajouter à la liste des déconvenues subies par le numéro deux bancaire helvétique depuis le printemps 2021, principalement les scandales Archegos – ayant coûté près de 5 milliards de francs à la banque – et Greensill, ainsi que la démission de l’ex-président António Horta-Osório suite au non-respect des règles de quarantaine Covid.

Le géant bancaire zurichois annonce les trois départs en marge de la présentation des chiffres au premier trimestre, encore plus déficitaires que prévu par la communauté financière. Le relèvement des provisions juridiques et la guerre en Ukraine ont notamment pesé sur les résultats. Credit Suisse avait lancé un avertissement sur résultats à ce sujet la semaine dernière.