Un bénéfice de 2,1 milliards de francs, un afflux net de nouveaux capitaux de 26 milliards et un rendement des fonds propres de 22,3% n’auront pas suffi. Les chiffres au premier trimestre de Credit Suisse ont été sèchement accueillis hier par les marchés: l’action a cédé 4,7% à 51,6 francs.

Pourtant, le bénéfice réalisé entre janvier et mars dépasse aisément les 793 millions dégagés au quatrième trimestre 2009. Il a toutefois été un peu inférieur aux 2,15 milliards escomptés par le consensus. L’afflux de nouveaux capitaux de 26 milliards dépasse largement les montants affichés au quatrième trimestre (12,5 milliards) et au troisième trimestre (16,7 milliards). Pas moins de 18,6 milliards ont afflué vers la division de banque privée, dont 12,9 milliards pour les seules activités de gestion de fortune.

Rentabilité plus faible

Si les analystes sont unanimes à saluer l’afflux de nouveaux fonds dans la gestion de fortune, ils relèvent cependant une légère baisse de la rentabilité dans ce segment.

Helvea qualifie même de «clairement décevant» le niveau de la marge brute (121 points de base) au premier trimestre, comparé à 131 points de base en moyenne entre 2007 et 2009.

La réaction très négative des marchés jeudi est toutefois à mettre sur le compte de la division de banque d’investissement, en particulier ses activités à revenu fixe.

Au premier trimestre, les produits liés à la vente et au négoce de titres à revenu fixe ont atteint 2,7 milliards, moins que les 3,7 mil­liards dégagés un an plus tôt. Un montant jugé décevant par de nombreux analystes qui escomptaient des résultats record dans le sillon des excellents chiffres publiés par des banques comme ­JPMorgan, Bank of America ou Morgan Stanley dans cette activité.

Credit Suisse a dépensé plus de 2,3 milliards de francs en rémunération pour les employés de son unité de banque d’investissement de janvier à mars, contre 870 millions au dernier trimestre 2009 et comparé à 2,9 milliards un an plus tôt. L’établissement précise que le ratio rémunération/revenus a diminué à 44% au premier trimestre, contre 48% un an plus tôt. Outre un rendement des fonds propres de plus 22,3%, parmi les plus élevés du secteur, Credit Suisse dispose aussi d’un ratio de fonds propres confortable de 16,4% à la fin du premier trimestre, contre 16,3% à fin 2009 et 13,3% à fin 2008. L’établissement précise par la même occasion qu’il est en mesure de satisfaire aux nouvelles exigences en matière de liquidités communiquées mercredi par l’autorité fédérale des marchés financiers Finma.

Pas d’enquête sur les CDO

Credit Suisse n’a pas connaissance de faire l’objet d’une enquête de la part de la SEC, le gendarme de la bourse américaine, qui s’intéresse de près aux activités de Goldman Sachs dans les CDO, des prêts adossés à des hypothèques qui se sont effondrés en 2007.

Au cœur d’une polémique à propos de sa rémunération, Brady Dougan s’est justifié hier à ce sujet. Si la banque se trouve actuellement dans une aussi bonne situation, c’est au contraire parce que l’établissement a su mettre en place de bons modèles de rémunération, a argumenté le directeur lors d’interviews accordées aux sites internet NZZ Online et Cash.