Largement anticipée, la perte nette de 2,44 milliards de francs essuyée par Credit Suisse en 2016 n’a pas suffi à effrayer les marchés mardi. Il était clair que la banque allait terminer l’exercice dans le rouge vif, depuis son annonce fin décembre qu'elle s’apprêtait à payer jusqu’à 5,3 milliards de dollars (5,34 milliards de francs) à la justice américaine pour mettre fin au dossier des crédits hypothécaires pourris aux Etats-Unis. L’action a clôturé en hausse de 2,3% à 15,10 francs, mardi à Zurich.

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Dans ce contexte, l’attention des investisseurs s’est portée sur le projet d’introduction en bourse (IPO) partielle de l'unité helvétique, opérationnelle depuis novembre. «Nos préparatifs sont en bonne voie pour l’IPO partielle de Credit Suisse (Suisse) durant la seconde moitié de 2017, si les conditions de marché le permettent et si le conseil d’administration l’approuve», a nuancé la banque mardi, dans un communiqué. L’opération consisterait à placer sur le marché entre 20% et 30% du capital de la division.

«Toutes les options» examinées

Récemment, plusieurs articles de presse ont évoqué les réticences de certains investisseurs, comme David Herro, du fonds Harris Associates, qui estimait que l’opération n’était plus nécessaire du point de vue du renforcement des fonds propres de la banque.

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Si Tidjane Thiam s’est refusé mardi à spéculer sur d’autres scénarios, il a néanmoins évoqué la situation «plus confortable» de la banque en matière de fonds propres. Partant d’un besoin de capitaux estimé entre 9 et 11 milliards lors de son arrivée à la tête de la banque à l'été 2015, le directeur général a rappelé que celle-ci était parvenue à lever 6 milliards de francs via la souscription de nouvelles actions, à quoi se sont ajoutées des cessions d’actifs pour 1 milliard. «Nous allons continuer à examiner toutes les options afin de trouver la meilleure issue pour nos actionnaires», a-t-il poursuivi.

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Un changement de rhétorique relevé par des analystes. «La question est plutôt de savoir si les conditions de marché permettront à Credit Suisse de se passer de cette IPO», a commenté Loïc Bhend, à la banque Bordier, cité par l’ATS. Selon lui, le discours du management consiste à dire que le projet suit son cours, «même si ce n’est pas forcément la solution la plus avantageuse pour renforcer les fonds propres».

Fonds propres jugés «rassurants»

Le ratio de fonds propres CET1 avec application complète des règles de Bâle III a été ramené à 11,6%, par rapport à 11,4% à fin 2015. «Le niveau de 11,6% est supérieur d’un demi-pourcent aux attentes du consensus», a relevé Morgan Stanley, qui juge cette évolution «rassurante».

Un total de 1600 postes supprimés en Suisse d'ici 2018

En baisse de 1,9 milliard l’an dernier, la base des coûts opérationnels du groupe a été ramenée à 19,4 milliards (à taux de change constants), en dessous même de l’objectif de 19,8 milliards visé à fin 2016. L’effectif total du groupe a diminué de plus de mille collaborateurs à 47 170 personnes à fin décembre (48 210 à fin 2015). Ce programme d’économies est loin d’être achevé: le groupe entend encore ramener sa base de coûts en dessous de 18,5 milliards d’ici à fin 2017, et à moins de 17 milliards d’ici à fin 2018.

Avec des conséquences importantes pour l’emploi: en 2017, plus de 5500 postes devraient passer à la trappe, a annoncé la direction. En Suisse, les réductions d’effectifs seront conformes aux mesures déjà annoncées à partir de l’automne 2015. Ainsi, 1600 postes au total doivent disparaître entre 2016 et 2018 en Suisse. La banque occupe dans le pays quelque 17 000 salariés toutes divisions confondues, dont 6500 sont employés par Credit Suisse (Suisse).


L’unité suisse est la plus rentable

La perte nette de 2,44 milliards de francs essuyée par Credit Suisse en 2016 ferait presque oublier que le numéro deux bancaire compte aussi plusieurs divisions rentables. En tête figure Credit Suisse (Suisse), l’entité qui regroupe les activités de gestion de fortune et d’entreprise helvétiques, avec un résultat opérationnel de plus de 2 milliards en 2016 (+21%). Ses afflux de nouveaux capitaux se sont toutefois limités à 4,3 milliards, contre 10,6 milliards un an plus tôt.

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Les unités regroupant la gestion de fortune internationale (IWM) et celle en Asie Pacifique ont vu affluer respectivement 15,6 milliards et 14,6 milliards de francs. La première a dégagé un bénéfice avant impôts de 1,12 milliard (+55%), la seconde de 725 millions (+92%).

La banque d’affaires se redresse plus lentement. La division Global Markets a gagné 48 millions (perte de 1,9 milliard en 2015), tandis que l’unité de banque d’investissement (IBCM) a réalisé un gain avant impôts de 261 millions (contre une perte de 314 millions l'année précédente).