La perte se limitera finalement à 757 millions de francs. Credit Suisse s’attendait plutôt à 900 millions, il y a quelques semaines lorsqu’elle révélait l’ampleur des dégâts liés au hedge fund américain Archegos. Ces derniers n’ont pas changé: la mésaventure coûtera bien 4,4 milliards à la banque suisse, mais la performance de celle-ci au premier trimestre les aura presque complètement épongés.

Même réduite, cette perte reste «inacceptable», affirme Thomas Gottstein, directeur général, dans le communiqué détaillant les résultats, publié jeudi matin. Sans les effets extraordinaires, le bénéfice brut atteint 3,596 milliards. «Cela donne une idée du niveau de performance de la banque au premier trimestre», a souligné David Mathers, le responsable financier de Credit Suisse lors d’une conférence téléphonique avec les médias. Par comparaison, le bénéfice avait été d’un peu moins de 1 milliard au premier trimestre de 2020.

Fonds propres plus élevés

D’après le Wall Street Journal, Credit Suisse aurait eu plus de 20 milliards de dollars d’exposition à Archegos, et ses dirigeants auraient été informés de ce montant quelques jours avant l’implosion du fonds. L’affaire Archegos est d’ailleurs loin d’être finie d’un point de vue financier. Si la banque dit être sortie de 97% des positions liées à ce hedge fund, elle s’attend à une perte additionnelle de 600 millions au deuxième trimestre. Quant à Greensill, le doute demeure, à la fois sur le montant perdu du prêt offert à Lex Greensill et sur les remboursements des fonds Supply Chain Finance, qui sont encore en cours.

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Par ailleurs, la banque a aussi annoncé vouloir émettre de nouveaux titres pour renforcer son assise financière. Ces emprunts convertibles obligatoires doivent être convertis en 203 millions d’actions Credit Suisse et ont été offerts aux actionnaires existants, à des investisseurs institutionnels et à des personnes fortunées. Au cours actuel de 9,38 francs avant l’ouverture de la bourse jeudi, cela équivaut à 1,9 milliard.

«Notre position en capital reste solide avec 12,2% de fonds propres durs et 3,8% de ratio d’endettement à la fin du premier trimestre. Mais, avec cette émission, nous pouvons la renforcer encore, de façon à atteindre des ratios de 13% et 4%», détaille la banque dans le communiqué. Pour une banque dite «systémique», la loi exige un minimum de 10% de fonds propres durs. Mais ce niveau est souvent plus élevé dans les banques spécialisées dans la gestion de fortune, de façon à apparaître comme très solides aux yeux des clients. La banque avait déjà suspendu son programme de rachats d’actifs et réduit sa distribution de dividende pour garder du capital.

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De son côté, la Finma a ouvert une enquête contre Credit Suisse à la suite des pertes liées à Archegos, annonce-t-elle dans un communiqué diffusé jeudi matin. Elle s’ajoute à une autre procédure, ouverte en mars, concernant l’affaire Greensill. Le gendarme des marchés avait déjà demandé à la banque une «surcharge» de capital en lien avec cette affaire.