Le Credit Suisse sollicite les investisseurs afin de se conformer au renforcement des prescriptions en matière de fonds propres. Le numéro deux bancaire helvétique va émettre pour quelque 6 milliards de francs un emprunt à conversion obligatoire, un CoCo selon le jargon.

Le placement de ce dernier interviendra au plus tôt en octobre 2013 contre de l’argent liquide ou en échange d’un capital constitué en 2008 dans le but de renforcer les fonds propres, a précisé lundi le Credit Suisse. Les investisseurs stratégiques sont Qatar Holding et le saoudien Olayan Group, lesquelles détiennent respectivement 6,2 et 6,6% du capital-actions.

Ces deux entités, qui ont conclu un accord définitif pour l’émission, sont déjà actionnaires de la banque. Celle-ci avait annoncé en décembre dernier vouloir émettre cette année ses premières obligations dont la conversion dépend d’un événement prédéfini (en anglais contingent convertible bonds ou CoCos).

Les titres en question sont susceptibles d’être convertis en fonds propres au moment où ces derniers descendent en dessous d’un niveau défini, soit 7% selon les règles dites de Bâle III. Si un telle conversion devait intervenir - hypothèse «fort improbable», selon le Credit Suisse - la participation des deux investisseurs orientaux augmenterait.

«Cette forme d’obligations convertibles va satisfaire à environ 50%» des besoins exigés en la matière par les autorités suisses dans le cadre des nouvelles normes prudentielles destinées aux deux grandes banques helvétiques, a souligné le Credit Suisse. Et l’établissement de préciser avoir travaillé étroitement avec l’Autorité fédérale de surveillances des marchés financiers (FINMA).

Sur la base des estimations de bénéfices, les analystes estiment que le Credit Suisse devrait présenter à fin 2013 un taux de 13% pour ce type de capitaux propres.

Pour mémoire, la commission d’experts mandatée par le Conseil fédéral a recommandé l’automne passé que les deux grandes banques helvétiques, UBS et Credit Suisse, renforcent leurs fonds propres de manière encore accrue par rapport aux exigences des accords dits de Bâle III. Les deux banques peuvent renforcer leurs capitaux à raison de la moitié sous forme de CoCos.

Alors que les régulateurs internationaux ont porté avec les nouvelles normes de Bâle III les exigences en fonds propres durs à un ratio minimum de 7% des actifs, les experts mandatés par Berne ont proposé de relever à 10% les capitaux propres durs que devront détenir les deux grandes banques helvétiques.

Il n’en reste pas moins que les CoCos ne font pas l’unanimité. L’UBS s’est jusqu’à présent montrée sceptique face à ces instruments financiers et se refuse pour l’heure à émettre un de ces emprunts à conversion obligatoire. Toutefois, le numéro un bancaire helvétique dit observer la situation, selon un porte-parole.

Le Credit Suisse vise en revanche à élargir le marché des CoCos, après avoir pu placer ce premier emprunt convertible. L’accord avec les deux investisseurs arabes a prouvé que de tels instruments financiers peuvent être mis sur le marché à un coût avantageux, a relevé le chef des finances de la banque, David Mathers, lors d’une conférence téléphonique.

Un sentiment favorable que semble avoir aussi partagé les investisseurs. Lundi vers 14h30 à la Bourse suisse, le titre Credit Suisse s’envolait de 3,27% par rapport à la clôture de vendredi à 42,96 francs. Dans le même temps, l’indice des valeurs vedettes Swiss Market Index (SMI) affichait une infime hausse de 0,03%.