Le vent de la reprise va continuer de souffler sur l’économie helvétique cette année, estime Credit Suisse. Toutefois, ce souffle s’affaiblira quelque peu au regard de l’an passé. Malgré le franc fort, un essor supérieur à la moyenne est attendu pour les branches exportatrices.

En 2010, l’économie suisse s’est remise de la récession de manière étonnamment rapide et vigoureuse, observe mercredi le numéro deux bancaire helvétique dans son «Manuel des branches». L’industrie a tiré profit de la reprise du commerce mondial, alors que les activités tournées vers le marché intérieur ont pu compter sur l’immigration et l’excellent climat de consommation.

Une évolution à laquelle la robustesse surprenante du marché du travail n’est pas étrangère, à la faveur des mesures de chômage partiel. Le recours à ces réductions d’horaires a permis d’éviter, pour le moins à court terme, de plus fortes suppressions d’emplois. Le chômage a augmenté moins fortement qu’au cours de récessions précédentes.

Selon l’analyse des experts de Credit Suisse, en proportion de l’emploi dans la branche, le chômage partiel a été utilisé le plus fortement dans la métallurgie, l’industrie du textile et de l’habillement ainsi que celles des machines. En mai 2009, au plus fort du phénomène, un quart des salariés de la métallurgie et un cinquième des employés de l’industrie des machines étaient au chômage partiel.

Exportateurs avantagés

Sans ce recours au chômage partiel, le taux de chômage aurait pu grimper jusqu’à 17% dans la filière du textile, alors qu’il s’est dans les faits établi à 10%. Il aurait également bondi de 7 points de pourcentage dans l’industrie des machines et des métaux. Toutefois, il reste difficile d’estimer si ces mesures ont permis d’éviter de façon durable des licenciements.

Cette année, la demande extérieure devrait davantage augmenter que la demande intérieure, avantageant ainsi les branches exportatrices. Les secteurs bien implantés dans les pays émergents devraient connaître une développement supérieur à la moyenne, avec en tête l’industrie horlogère.

Selon les économistes de l’établissement zurichois, la métallurgie, l’industrie des machines, de l’électrotechnique et l’électronique ainsi que la chimie et l’industrie pharmaceutique présenteront aussi une croissance supérieure à la moyenne. Mais l’appréciation du franc pourrait venir gâcher la fête.

Même si l’influence de la conjoncture à l’étranger reste plus déterminante que l’évolution des taux de change sur le volume des exportations, un net effet de ralentissement ne peut être exclu. Entraînant une pression accrue sur les marges, la valorisation du franc pourrait s’accompagner de mesures de réductions de coûts ou de délocalisation de production.

Impression et édition à la peine

Les branches industrielles en proie à des problèmes structurels telles que le textile, l’habillement, l’impression et l’édition ainsi que l’industrie du papier devraient connaître une croissance plutôt retenue. Les secteurs orientés sur le marché intérieur devraient eux poursuivre leur croissance, à un rythme toutefois moins soutenu qu’en 2010.

A moyen terme, soit un horizon de trois à cinq ans, les facteurs d’influence structurels et non conjoncturels demeurent déterminants pour le développement d’une branche. Comme lors des années précédentes, les secteurs de la chimie, de la pharmacie, des techniques médicales, des instruments de mesure et de l’horlogerie affichent les perspectives les plus favorables.