Tout s'est passé comme sur des roulettes. Mis à part quelques interventions d'actionnaires, les 1055 participants réunis lors de l'assemblée générale extraordinaire du Credit Suisse au Hallenstadium, représentant 40,8% des droits de vote, ont suivi pratiquement à l'unanimité les propositions du conseil d'administration concernant l'acquisition de la banque américaine Donaldson, Lufkin & Jenrette (DLJ), ainsi que le plan de rémunération partielle des employés en stock-options.

En revanche, la journée a été remplie d'émotion pour les investisseurs sur le marché, où le titre du Credit Suisse Group (CSG) a perdu 6,2% à 323 francs, soit sa plus grosse chute depuis deux ans. En déclarant que la croissance des bénéfices du groupe au deuxième semestre ralentirait en raison de marchés «moins favorables», Lukas Mühlemann, patron du Credit Suisse, a provoqué la dégringolade des titres d'autres banques européennes. Les responsables du Credit Suisse, quant à eux, refusent de voir dans cette déclaration un «profit warning». Selon certaines sources, les analystes n'ont d'ailleurs pas revu à la baisse leurs recommandations sur le titre du CSG. Ils attribuent la chute des valeurs bancaires au remaniement de l'indice SMI et à la liquidation de certaines positions sur les dérivés.

Résultats en hausse de 35%

Le groupe a annoncé vendredi des résultats au premier semestre 2000 en hausse de 35% par rapport à la performance des six premiers mois de 1999. Le bénéfice net au premier semestre s'est inscrit à 3,61 milliards de francs – une performance à laquelle toutes les unités du groupe ont contribué – et la rentabilité des fonds propres de la banque est passée de 19% à 21%. Enfin, les actifs gérés ont augmenté de 3,8% pour atteindre 1227 milliards de francs.

Le conseil d'administration du CSG a par ailleurs détaillé ses recommandations de vote aux actionnaires, au nombre de trois. La première consistait à augmenter le capital en émettant un maximum de 30 millions d'actions (600 millions de francs) pour financer en partie le rachat de DLJ, dont le prix d'acquisition total de 19,6 milliards de francs avait été annoncé il y a tout juste un mois.

La seconde concernait la création d'un capital conditionnel grâce à l'émission de 12 millions d'actions (240 millions de francs) afin de transformer les options DLJ existantes, non exercées et non échues, en options correspondantes du Credit Suisse Group (CSG). Ce montant représente 4,3% du capital actuel du CSG. «Outre le rachat des plans d'options existants, le Credit Suisse Group mettra en place pour les collaborateurs de DLJ un plan de fidélisation d'un montant de 2,1 milliards de francs. Il se procurera les actions requises à cet effet sur le marché», a déclaré vendredi Richard Thornburgh, membre du directoire du CSG.

Enfin, la troisième recommandation suggérait l'augmentation du capital conditionnel actuel de 6 à 12 millions d'actions (240 millions de francs), destiné aux programmes d'options des collaborateurs du CSG. Cela représente 4,3% du capital-actions actuel. Selon la Fondation Ethos à Genève, qui prônait le vote en faveur des trois recommandations, les normes acceptées par les investisseurs institutionnels pour une société en pleine croissance comme le Credit Suisse Group sont de 10% pour tous les plans de participations en cours. Or, le pourcentage global pour les plans de participations repris de DLJ et les plans du CSG représente 8,6% du capital-actions.

Les employés deviennent ainsi le troisième actionnaire de référence du groupe, derrière le BZ Groupe de Martin Ebner (environ 11%) et le français Axa, ex-détenteur de plus de 70% du capital de DLJ. Les responsables du CSG n'ont pu dire quelle proportion les employés prendraient au sein de l'actionnariat une fois les options exercées. Au-dessous de 10 000 francs suisses de bonus, les salariés sont rémunérés en liquide. Or, une fois que le bonus dépasse cette somme, ils peuvent choisir d'en recevoir jusqu'à 50% en numéraire ou l'entièreté en options.

Le CSG a décidément pensé à tout. Le groupe envisage d'introduire dès l'année prochaine un programme de rachat d'actions, afin d'éviter aux actionnaires l'effet de dilution des bénéfices futurs lié à la création du capital conditionnel. Reste à savoir quels effets ces différents programmes d'émission et de rachat d'actions auront sur le titre de la banque au cours des mois à venir.