Les banques européennes poursuivent leurs emplettes aux Etats-Unis. Après la Deutsche Bank (Banker Trust) et UBS (PaineWebber), c'est maintenant au tour du Credit Suisse Group de racheter l'une des plus grandes banques d'affaires américaines: Donaldson, Lufkin & Jenrette (DJL), détenue à 70% par le groupe français de bancassurance AXA (voir l'encadré). Le Wall Street Journal et le Financial Times ont levé le lièvre un jour avant la publication des chiffres semestriels du Credit Suisse Group (CSG) prévue aujourd'hui à Zurich. Du coup, la banque a dû confirmer par communiqué cet achat, sans donner plus de détails à l'exception du montage financier de la transaction. Son prix: 19,6 milliards de francs suisses, soit 153 francs par action DLJ. Grâce à cette opération, la banque talonnera trois des plus grands courtiers mondiaux.

Selon le CSG, ses actifs gérés aux Etats-Unis vont progresser de 204 milliards à 1431 milliards de francs. DLJ sera intégré dans la banque d'affaires du groupe, Credit Suisse First Boston (CSFB), qui compte 16 000 collaborateurs. Pour sa part, DLJ occupe 11 300 personnes, dont les deux tiers aux Etats-Unis, le reste de l'effectif étant réparti entre l'Europe, l'Amérique latine et l'Asie. Le CSG ne cache pas qu'il y aura des suppressions d'emplois, sans en donner le nombre exact. Mais selon l'agence Bloomberg, entre 2500 et 5000 postes seront supprimés pour éliminer les doublons aux Etats-Unis. La banque prévoit toutefois un plan financier de fidélisation des collaborateurs d'un montant de 2,1 milliards de francs, sans préciser sous quelle forme.

«Avec le rachat de PaineWebber, UBS a réalisé une synergie des bénéfices, sans doublons de leurs activités, souligne Eric Favre, de la Banque Edouard Constant. Tandis qu'avec le rachat de DLJ par le CSG, on parle plus de synergie de coûts, ce qui est plus difficile à gérer.» La banque affirme que cette transaction lui permettra de faire des économies de coûts annuelles de 1,3 à 1,7 milliard de francs à partir de 2002. L'intégration de DJL devrait durer entre six et douze mois. Pour y parvenir, le CSG entend constituer durant cette année des provisions d'environ 1,4 milliard de francs.

La pression sur le CSG est montée d'un cran lorsque sa rivale UBS a annoncé, le 12 juillet, le rachat de l'américain PaineWebber pour 21 milliards de francs suisses. Pour ne pas se laisser prendre de vitesse par son concurrent, le CSG devait réagir. Mais est-ce le bon moment? «Le prix n'est pas surfait, estime Claudia von Türk, analyste à la banque Pictet & Cie. En revanche, les perspectives de croissance pour les banques d'investissement sont plutôt en fin de cycle dans ce secteur (opérations de fusion, d'entrées en Bourse, de private equity et de junk bonds, ndlr), il faut donc envisager cette acquisition dans le long terme.» En absorbant la banque d'affaires new-yorkaise DLJ, le Credit Suisse Group assied sa position dans ce secteur très porteur aux Etats-Unis, tant du point de vue des affaires d'investissement que de la gestion de fortune. Le CSFB joue déjà un rôle important en tant que banque d'affaires, avec une part de marché de 9,3% selon le Wall Street Journal, derrière Merrill Lynch (14,9%), suivi de Salomon Smith Barney (12,6%), de Morgan Stanley Dean Witter (10,2%).

Si les banques européennes achètent des établissements aux Etats-Unis, les banques américaines ne se privent pas de faire de même. Rappelons le rachat du britannique Schroders par l'américain Citigroup en début d'année, suivi de peu par l'absorption de Fleming par la Chase Manhattan…

Le cours du titre CSG a baissé de 2,1% à 371,50 francs, hier à la Bourse suisse. Le marché attend d'en savoir plus, non seulement sur les résultats semestriels du groupe, mais aussi des explications sur sa stratégie suite à ce rachat.