L’action Credit Suisse accélérait sa dégringolade à la bourse suisse vendredi après-midi. La banque aux deux voiles avait emprunté son chemin de croix la veille déjà, dans le sillage de nouvelles rumeurs concernant cette fois une hausse de capital de plusieurs milliards. Sur le coup de 14h40, le titre du numéro deux bancaire helvétique dévissait de 10% à 4,17 francs, alors que les 4,37 francs à la clôture de la veille constituaient déjà un record de faiblesse. La morosité du SMI (-1,38%) n’offrait aucune planche de salut au cours de la banque.

Depuis le début de l’année, son titre s’est déprécié de près de moitié. A titre de comparaison, l’action du principal rival UBS – en repli de 1,4% à 15,03 francs vendredi – a perdu sur la même période moins de 10% de sa valeur.

Les difficultés récurrentes de la banque suisse l’ont amenée à entreprendre une vaste réorganisation. Jeudi, l’agence Reuters a indiqué que la banque discute depuis des semaines avec des investisseurs d’une augmentation de capital de plusieurs milliards.

Dilution significative en vue

Sollicitée par AWP, la direction de la banque a rappelé qu’un point de situation sur l’orientation stratégique serait présenté avec les chiffres du troisième trimestre le 27 octobre. «Il serait prématuré de communiquer d’éventuelles conclusions avant cette date», a indiqué une porte-parole.

En juillet, le nouveau directeur général du groupe, Ulrich Körner, avait expliqué que la banque était à la recherche d’une solution pour ses activités de crédits titrisés (securitized products group, SPG), dont le volume pourrait atteindre 2,5 milliards de dollars, selon des estimations relayées par Christian Schmidiger, analyste auprès de la Banque cantonale de Zurich (ZKB).

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Une éventuelle vente de SPG et la réduction des risques dans le bilan se traduiraient par un manque allant jusqu’à 4 milliards de francs pour la restructuration annoncée, les projets de croissance et la constitution de fonds propres, ce qui, avec une capitalisation boursière d’environ 12 milliards, signifierait une dilution significative pour les actionnaires existants, signale la ZKB.

Depuis que la direction de la banque en difficulté a promis, dans le sillage de son changement de patron fin juillet, un point de situation sur sa stratégie avec la publication de son troisième partiel, les rumeurs ont repris de plus belle. Les spéculations diverses et variées circulent, notamment autour de l’avenir de la banque d’affaires et d’une importante réduction des effectifs.

La machine à rumeurs s’emballe

Jeudi, le Financial Times a indiqué que Credit Suisse envisageait de partager sa division de banque d’affaires en trois unités distinctes, une opération permettant la vente des activités rentables dans l’optique d’éviter une augmentation de capital.

La partition se ferait selon un modèle impliquant trois unités: l’activité de conseil du groupe, dont la séparation pourrait intervenir ultérieurement, une banque de défaisance gérant les actifs risqués destinés à la vente et le reste des affaires de la division, affirmait le quotidien britannique, citant des sources proches du dossier.

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A l’époque de l’ancien directeur général Tidjane Thiam, la banque avait déjà mis en place une division de défaisance, la Strategic Resolution Unit, qui réunissait sous le même toit les activités de l’entreprise non rentables ou devant être cédées pour d’autres raisons.

En septembre, la SonntagsZeitung avait déjà évoqué un démantèlement de la banque d’affaires de Credit Suisse. Selon un scénario provisoire qui serait discuté au sein du conseil d’administration de l’établissement zurichois, 5000 emplois pourraient être biffés dans ce cadre.