Banques

Credit Suisse: l’embarrassante rémunération d’un Brésilien

Sergio Firmeza Machado a gagné près de 14 millions de francs en 2015 avant de quitter l’établissement. Son père, un ancien homme politique reconverti dans le pétrole, est désormais au cœur du scandale de corruption Petrobras

La rémunération des dirigeants de Credit Suisse est un sujet de discussions récurrent. L’exercice 2015, qui s’est soldé par une perte de 2,94 milliards de francs pour la banque, n’a pas dérogé à la règle.

Un mois et demi après l’assemblée générale des actionnaires, c’est un article publié lundi par Bloomberg qui a ravivé les débats. L’agence financière a en effet révélé le nom du collaborateur de la banque qui a été le mieux payé l’année dernière. Or, surprise, il ne s’agit pas d’un membre de la direction mais du responsable de l’unité «fixed income» au Brésil.

Sergio Firmeza Machado a empoché 48,8 millions de reais (13,8 millions de francs), selon sa déclaration fiscale 2015 qui a fuité dans la presse brésilienne. Soit davantage que Tidjane Thiam (4,6 millions de francs de salaire pour six mois de fonction) ou que Rob Shafir qui, avec 7,9 millions de francs, a été le membre de la direction le mieux payé l’année dernière.

A son corps défendant, le Brésilien de 38 ans, arrivé en 2000 chez Credit Suisse, a quitté la banque au mois d’avril dernier suite à une restructuration. Il a donc non seulement encaissé son salaire 2015 mais aussi des «compensations différées pour les cinq années précédentes», souligne une source proche de la banque.

Bien plus qu’un banquier bien rémunéré

Reste que si sa rémunération défraie la chronique, c’est que Sergio Firmeza Machado n’est pas qu’un banquier bien rémunéré. Il est aussi le fils de Sergio Machado. Cet ancien homme politique reconverti dans le monde du pétrole est désormais au cœur du scandale de corruption Petrobras – du nom de la société pétrolière étatique par qui tout a commencé – qui enflamme le Brésil depuis plus de deux ans.

Ces dernières semaines, la photo de cet ancien président de Transpetro, une filiale de Petrobras, a fait la une des journaux. Car après avoir passé un accord avec la justice brésilienne, comme d’autres avant lui, Sergio Machado s’est mis à table et a tout déballé. Il a reconnu avoir versé 100 millions de reais pour financer des campagnes d’hommes politiques entre 2003 et 2015.

Le nouveau président par intérim Michel Temer, directement mis en cause, a qualifié ces accusations de «légères et mensongères». Mais cela n’a pas empêché trois de ses ministres de démissionner, dont Henrique Alves jeudi dernier. Selon la presse brésilienne, le ministre du Tourisme et numéro 3 du gouvernement aurait préféré se retirer après avoir eu vent de documents faisant état d’un compte en Suisse lui appartenant et qui aurait été transmis à la justice brésilienne par le Ministère public de la Confédération (MPC).

Coopération renforcée avec la Suisse

Cette remise de documents aux Brésiliens n’a rien de surprenant. Depuis l’ouverture d’une première procédure pour blanchiment d’argent en Suisse en avril 2014, la coopération entre les deux pays n’a cessé de se renforcer. En mars, le MPC avait d’ailleurs indiqué avoir ouvert 60 enquêtes dans le cadre de cette affaire Petrobras et fait bloquer 800 millions de francs dans 40 établissements.

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L’ancien banquier de Credit Suisse a lui aussi coopéré avec la justice brésilienne. S’il assure ne pas avoir été au courant des affaires de son père, il a reconnu avoir ouvert un compte auprès de HSBC Suisse pour aider l’un de ses frères, Expedito, «à recevoir de son père des donations issues de pots-de-vin», a rapporté Reuters la semaine dernière. Il aurait toutefois assuré que tout cela n’était en rien lié à son ancien poste chez Credit Suisse. Contactée, cette dernière n’a pas souhaité faire de commentaire.

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