Pas de plaisanteries en guise d'introduction, des réponses précises aux questions posées et un ton qui est resté offensif pour défendre les options stratégiques dévoilées l'automne dernier par Credit Suisse. Présentant jeudi pour la première fois les résultats annuels du groupe, Tidjane Thiam, son directeur, n'a pas ménagé ses efforts jeudi matin pour justifier les choix stratégiques du groupe depuis son entrée en fonction.

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En matinée, Credit Suisse a dévoilé une perte nette de 2,94 milliards de francs pour l'exercice 2015, la première depuis 2008. Sur le seul quatrième trimestre, elle a même atteint 5,83 milliards de francs, principalement sous l'effet de l'amortissement du goodwill résultant du rachat de la banque d'investissement américaine Donaldson, Lufkin & Jenrette (DLJ) en 2000. L'action Credit Suisse a terminé la séance de jeudi en recul de 10,9 % à 14,73 francs, son plus faible niveau depuis 2012.

«Cessons la démagogie»

Pourtant, la dégringolade de l'action jeudi ne peut pas être attribuée à la seule dépréciation d'actifs de près de 4 milliards de francs de DLJ, déjà largement escomptée par les marchés.

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Côté stratégie, la vision de Tidjane Thiam à propos de la banque d'affaires s'est heurtée au scepticisme des marchés et des analystes. «La gestion de fortune, avec le soutien des services de banque d'investissement, reste une opportunité hautement attrayante à long terme pour Credit Suisse », a affirmé le directeur hier. «Les gens doivent cesser de faire la démagogie à propos de la banque d'affaires. Lever du capital est une fonction importante pour l'économie», a-t-il insisté. Selon lui, la banque d'affaires, avec un coût raisonnable en termes de capital, garde ainsi tout son sens pour un institut comme Credit Suisse. De l'autre, les marchés semblent plus enclins à saluer un redimensionnement plus prononcé de la banque d'affaires. Ainsi, une simple rumeur à propos d'une éventuelle cession des activités de banque d'affaires aux Etats-Unis de Credit Suisse à Wells Fargo avait suffi à faire bondir le cours de l'action de Credit Suisse quelques minutes durant. Interrogé à propos de cet incident, Tidjane Thiam a précisé qu'il n'avait jamais rencontré le directeur de Wells Fargo.

L'unité suisse, seul «roc dans la tempête »

Au quatrième trimestre, seule l'unité suisse a été rentable parmi les cinq divisions que compte le groupe depuis sa réorganisation en octobre dernier. La banque universelle suisse («Swiss Universal Bank») - qualifié de seul «roc dans la tempête », selon la Banque cantonale de Zurich - a dégagé un résultat avant impôts de 367 millions de francs entre octobre et décembre. Sur l'année, l'unité helvétique, dont une partie du capital devrait être placé en bourse en 2017, a généré un bénéfice avant impôts de 1,66 milliard, contre 1,98 milliard en 2014.

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Les activités de gestion de fortune helvétique ont vu affluer 3,2 milliards de francs en 2015, à quoi se sont ajoutés encore 10,6 milliards provenant des activités liées à la clientèle d'entreprise.

L'argent afflue toujours en Asie

Autre pilier du groupe : la division Asie-Pacifique (APAC) a vu affluer dans ses coffres 3 milliards de francs au dernier trimestre, portant à 17,8 milliards les entrées d’argent frais en 2015, plus même qu'en 2014. Les activités en Asie – une région prioritaire dans la stratégie présentée par Tidjane Thiam – ont dégagé un bénéfice avant impôts de 377 millions sur l'ensemble de l'année. Credit Suisse a recruté 70 nouveaux conseillers à la clientèle dans cette région, portant leur nombre à 590.
En revanche, les activités de gestion de fortune internationale (IWM), hors Suisse et Asie, ont été légèrement déficitaires au dernier trimestre. La division a subi des sorties de fonds dans ses activités de gestion de fortune aussi bien au dernier trimestre (4,2 milliards) que sur l’ensemble de l’année (3 milliards). Tous secteurs confondus, l'afflux d'argent frais a fortement progressé l'an dernier à 49,1 milliards, contre 27,9 milliards en 2014.

Inquiétudes liées au pétrole

Les deux autres unités qui servent de soutien aux trois divisions régionales – à savoir Global Markets et Investment Banking & Capital Markets – ont terminé l'exercice dans le rouge vif. Global Markets a hérité de positions importantes dans des segments du marchés où les écarts de taux ont beaucoup augmenté au dernier trimestre et où la liquidité à diminué, a justifié Credit Suisse.
Autre source d'inquiétude, la banque a dévoilé que son exposition au secteur des hydrocarbures s'élevait à 9,1 milliards de dollars, soit trois milliards de plus que le montant annoncé à ce sujet par UBS mardi.
Enfin, en matière de fonds propres, les progrès réalisés par Credit Suisse au dernier trimestre n'ont pas suffi à enthousiasmer les analystes. Le ratio d'endettement a progressé à 3,3% à fin décembre (2,8 % à fin septembre), moins que le niveau qui sera bientôt requis pour les deux grandes banques helvétiques. Le ratio de fonds propres dits durs a aussi progressé à 11,4 % à fin décembre, comparé à 14,5 % chez UBS. Dans ce contexte, le maintien du dividende à 70 centimes par action pour l'exercice 2015 est passé presque inaperçu jeudi.