Le 21 octobre sera le jour J pour Tidjane Thiam, le nouveau directeur de Credit Suisse depuis juillet. Lors de la journée des investisseurs qui se tiendra mercredi à Londres, la numéro deux bancaire helvétique devrait dévoiler les contours de sa nouvelle stratégie très attendue par les investisseurs.

A la mi-mars, l’annonce de la nomination du Franco-Ivoirien à la tête de la banque a été saluée comme l’arrivée du messie par les marchés. Elle a été suivie d’un bond de 15% de l’action Credit Suisse dans les trois semaines suivantes. Beaucoup d’investisseurs ont alors parié sur un virage stratégique similaire à celui mis en place par UBS en 2011 et 2012 qui avait alors réduit drastiquement ses activités de banque d’affaires. Aujourd’hui, les observateurs apparaissent plus prudents.

Quitter la banque d’affaires? Pas si simple

Plutôt qu’un virage à 180 degrés, ils anticipent désormais plutôt que Credit Suisse se montre plus sélectif au sein de ses différentes unités. D’une part, car la banque d’affaires, au contraire d’UBS, génère toujours une part importante des revenus au sein du groupe. Au premier semestre, l’unité de banque privée et de gestion de fortune a généré un bénéfice avant impôts de 1771 millions de francs, talonnée de près par la banque d’investissement (1560 millions de francs). Côté effectifs, sur les 46 600 employés que comptait le groupe à fin juin, 26 500 étaient rattachés à la première unité, contre 19 800 pour la seconde.

Credit Suisse a déjà réduit la voilure depuis la crise financière. Même si ses effectifs sont restés relativement stables – 46 600 collaborateurs à fin juin, comparé à 48 100 à fin 2007 – la taille du bilan de la banque a, elle, été ramenée de 1361 milliards de francs en 2007 à 879 milliards à fin juin dernier. Le problème pour Credit Suisse reste que la part du capital alloué à la banque d’affaires reste de loin la plus importante avec 56% des actifs pondérés des risques à fin juin, comparé à 38% pour la gestion de fortune.

Certes, Credit Suisse a déjà réduit la voilure dans la banque d’affaires, admet Loïc Bhend, analyste bancaire chez Bordier & Cie. Selon lui, le problème est «qu’ils n’ont pas été forcément très bons dans cet exercice». «Comme ces activités représentaient une bonne partie des revenus de la banque, ils y sont allés à reculons», explique-t-il. Credit Suisse s’est finalement résolue à couper dans sa banque d’affaires en 2010, et notamment dans sa branche «fixed income». «Quand la banque a compris que d’autres profitaient à sa place du rebond, elle a décidé d’y retourner. Mais au moment où les concurrentes se désendettaient à cause de pressions réglementaires grandissantes», relève-t-il. Pour Loïc Bhend, pas de doute, Credit Suisse doit réduire la taille de sa banque d’affaires. «Ce sont les activités qui consomment le plus en capital et qui devront donc être ajustées si la banque entend garder un certain ratio de solvabilité, explique-t-il.

A la question de savoir quelles activités pourraient être abandonnées ou au contraire relancées, Guy de Blonay, gérant du fonds Jupiter Financial Opportunities Fund à Londres, reste prudent. Globalement, il s’attend à un redéploiement des forces dans la gestion de fortune et vers l’Asie. A l’inverse, Tidjane Thiam réduira toutes les activités qui présentent un caractère volatil ou qui génèrent un rendement inférieur aux attentes internes. Parmi celles-ci, il cite par exemple certaines activités dans la banque d’affaires (prime services ou macro) ou d’autres dans la gestion d’actifs, notamment les hedge funds ou les matières premières. «Tidjane Thiam a la réputation d’être un bon «asset allocator». Il va logiquement redistribuer le capital là où il est le plus utile», observe-t-il.

Mieux vaut lever beaucoup de capital d’un coup

Deuxième point crucial ce mercredi: les indications concernant une future augmentation de capital. Selon l’agence Bloomberg, la banque demandera entre 6 et 8 milliards de francs de capital frais. A Londres, Guy de Blonay considère que les aspects de la solvabilité et de la rentabilité de Credit Suisse sont étroitement liés. Pour le premier point, il s’attend à l’annonce d’une augmentation de capital en ligne avec la fourchette de 4 à 8 milliards de francs évoquée par les médias. «4 milliards pourrait être perçu comme trop peu par le marché. Un tel montant ne résoudrait que la question de la solvabilité. Avec 8 milliards, il serait possible d’inclure un amortisseur supplémentaire. Un plus grand montant permettrait de redéployer le capital nécessaire à la croissance future», ajoute-t-il. Selon l’expert, Tidjane Thiam souhaitera régler une fois pour toutes la question du capital. Dans ce contexte, «mieux vaut pour Credit Suisse pouvoir ranger dans un tiroir ce problème de solvabilité en l’assortissant d’une explication détaillée sur les projets de croissance de la banque».
Le groupe pourrait-il renoncer à lever des fonds? «Bien sûr que Credit Suisse peut très bien décider de ne pas augmenter son capital, mais ce ne serait pas forcément une bonne idée, ni ne serait très bien vu par les investisseurs», estime Loïc Bhend.

2 milliards d’économies attendues

Troisième point attendu: les mesures d’économies de coûts. Depuis la mi-2011, Credit Suisse a certes déjà réduit sa base de coûts de 20,5 milliards à 17 milliards à fin juin. Il y a peu, l’hebdomadaire Schweiz am Sonntag évoquait des économies supplémentaires de 1,5 à 2 milliards de francs, soit l’équivalent de 7 à 10% des charges de 2014. Peu impressionnée, J. Safra Sarasin relevait dans une note que chaque nouveau directeur de banque tente de réduire les coûts d’environ 10%. «De notre point de vue, un programme de diminution de coûts de 2 milliards ne suffira pas à attirer les actionnaires à participer à l’augmentation de capital», juge la banque, qui estime qu’il faudrait l’accompagner d’autres annonces sur l’ensemble du modèle d’affaires. Vendredi, l’action de Credit Suisse a rebondi de 2,8% à 24.55 francs.