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Credit Suisse, l’heure de vérité: les six questions de la semaine

Les indications concernant les fonds propres du numéro deux bancaire seront surveillées de près jeudi. Du côté d’UBS, c’est surtout le conflit avec les autorités françaises qui retiendra l’attention vendredi

Début juillet, le plongeon de l’action de Credit Suisse en dessous du seuil symbolique des dix francs a créé un choc considérable auprès des investisseurs. Trois semaines plus tard, le titre du numéro deux bancaire helvétique a rebondi d’environ 15% par rapport à son plus bas niveau atteint le 6 juillet.

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A quelques jours de la publication des résultats à fin juin de Credit Suisse, jeudi, suivis par ceux d’UBS vendredi, «Le Temps» passe en revue les aspects clés à surveiller en cette fin de semaine.

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■ Que signifient les résultats des instituts américains pour les banques suisses?

Pour Loïc Bhend, analyste chez Bordier & Cie, le récent rebond de l’action Credit Suisse s’inscrit dans un mouvement général qui affecte l’ensemble du secteur. Faut-il y voir aussi l’influence des résultats, moins mauvais que prévu, publiés par les banques américaines la semaine dernière? «Les banques américaines ont profité d’éléments spécifiques qui ne peuvent pas être reproduits en Europe. Elles ont notamment tiré parti de la diminution de leurs coûts et de la réduction des créances douteuses dans leur bilan.» Credit Suisse a pu profiter de facteurs positifs au deuxième trimestre, notamment l’amélioration relative des revenus dans les activités des produits à revenu fixe d’avril à juin comparé à un premier trimestre désastreux. «Le fait que Credit Suisse reste plus exposé au négoce obligataire qu’en actions pourrait avoir joué en sa faveur au deuxième trimestre», anticipe-t-il. «Cela contrairement à UBS qui n’est plus très présent dans ce segment», compare-t-il.

Concernant le numéro deux bancaire, il estime que les investisseurs pourraient déjà être satisfaits si Credit Suisse a réalisé un trimestre sans perte. Globalement, il s’attend à des écarts plus importants que d’habitude entre différents établissements, compte tenu de la forte volatilité dans les derniers jours du deuxième trimestre, liée au Brexit.

Laurent Bakhtiari, analyste chez IG, mentionne aussi la surprise positive de 11% des chiffres des banques américaines par rapport aux attentes. Toutefois, Credit Suisse ne profitera qu’en partie de la tendance positive aux Etats-Unis: auparavant, la part des revenus réalisée par Credit Suisse outre-Atlantique se situait entre 42 et 45%; elle n’est désormais plus que de 35%, note-t-il.

■ Les fonds propres suffisent-ils?

L’évolution des ratios de fonds propres, notamment le ratio de fonds propres dit durs (CET1) ou le ratio d’endettement («leverage ratio») aura une influence déterminante sur Credit Suisse. Quant au dernier rapport publié en juin par la BNS, qui a évalué à 10 milliards de francs le besoin supplémentaire de fonds propres pour chacune des deux grandes banques suisses, Loïc Bhend ne s’en inquiète pas outre mesure: «La BNS a surtout insisté sur le besoin pour Credit Suisse et UBS de lever de nouvelles obligations contingentes convertibles, ou «CoCos». La banque centrale s’est concentrée sur l’aspect de la dette subordonnée plus que sur celui des fonds propres», poursuit-il.

Laurent Bakhtiari se montre plus circonspect: «Moins de six mois après l’augmentation de capital réalisée par Credit Suisse en novembre, la BNS a lancé une nouvelle alerte en juin. Si la BNS dit ça, c’est qu’elle a de bonnes raisons», prévient l’analyste.

■ Vers une nouvelle augmentation de capital?

Loïc Bhend estime que Credit Suisse dispose encore d’autres options pour renforcer ses fonds propres: d’une part, via le placement en bourse d’une partie du capital de l’unité helvétique («Swiss Universal Bank», SUB); d’autre part, par le biais de la vente de positions supplémentaires dans son portefeuille d’actifs. «En taillant davantage dans sa banque d’affaires, elle peut diminuer les encours pondérés, ce qui réduit le besoin en fonds propres», explique-t-il. En revanche, l’annonce d’une nouvelle augmentation de capital, après les 6 milliards de francs levés l’automne dernier, n’est tout simplement «pas une option, car sinon tout le management perdrait la confiance des investisseurs», avertit-il. Ce serait un aveu d’échec.

■ Comment évaluer les positions à risque au bilan?

Les estimations vont bon train à propos des positions à risque détenues par Credit Suisse. Dans un long article publié sur son blog et Finews.ch, Zugerberg Finanz évaluait à 120 milliards de francs les positions «poubelles» figurant au bilan de Credit Suisse. Cela n’inquiète pas outre mesure les analystes: «On a déjà entendu tout et son contraire au sujet des positions à risque de Credit Suisse. Les estimations vont de 50 à 250 milliards de dollars. Du fait qu’il s’agit justement de positions peu liquides et difficiles à évaluer, toutes les hypothèses peuvent être envisagées», souligne Laurent Bakhtiari. Il relativise aussi la signification de l’étude publiée par le FMI qui avait affirmé récemment que Credit Suisse était la troisième banque la plus dangereuse mondialement, après Deutsche Bank et HSBC. «L’interprétation du rapport a été beaucoup plus alarmiste que ce qui y figurait véritablement», note-t-il. Restent encore les questions sur la valeur au bilan de Donaldson, Lufkin & Jenrette (DLJ), rachetée par Credit Suisse au début des années 2000, en dépit de l’amortissement de près de 4 milliards de francs réalisé l’automne dernier.

■ Une cible de rachat?

Avec une capitalisation boursière de 23,5 milliards de francs, Credit Suisse est-il devenu une cible de rachat? Loïc Bhend en doute: «On ne peut pas acheter Credit Suisse en pièces détachées, mais seulement comme un package qui inclut aussi la banque d’affaires», souligne-t-il. Laurent Bakhtiari n’est pas de cet avis: «Avec une capitalisation boursière inférieure à 24 milliards, Credit Suisse, qui compte parmi les trois plus grands gérants de fortune sur le plan mondial, vaut moins que Swisscom, un opérateur actif presque seulement en Suisse», compare-t-il. C’est une valorisation «ridiculement basse, qui peut éveiller l’intérêt d’acquéreurs», juge-t-il.

Maurice Pedergnana, chef économiste chez Zugerberg Finance, compare le rapport entre la capitalisation boursière (23 milliards) de Credit Suisse et sa valeur nette comptable (45 milliards). Avec environ 0,4, le numéro deux bancaire helvétique affiche, avec Barclays, le ratio «price to book» le plus bas parmi plusieurs grandes banques européennes. Il est de 0,9 chez UBS. Selon l’économiste, la capitalisation boursière de Credit Suisse est aux deux tiers imputable à la seule unité helvétique (SUB). Tout le reste, soit ses activités internationales, pourrait être racheté à un prix discount. «Mais ce qui ne coûte rien n’est pas non plus sans risque», avertit l’ex-professeur à l’institut IFZ. «Si l’on pouvait avoir confiance envers le (top-) management que le personnel de la banque parviendra à créer plus de valeur ajoutée qu’il ne cause de dommages – et qu’il générera plus de revenus que de nouveaux litiges juridiques – alors oui, Credit Suisse pourrait devenir une action de valeur», écrit-il. Parmi les acquéreurs potentiels, il cite notamment Wells Fargo, qui vaut onze fois plus que la banque suisse, et dont le seul bénéfice net attendu pour l’exercice 2016 correspondrait à la valorisation actuelle de Credit Suisse.

■ UBS risque-t-elle de couper dans ses dividendes?

Comparé à son concurrent, Loïc Bhend estime qu’UBS a l’avantage de ne pas avoir de problème de fonds propres. En revanche, si les autorités françaises infligeaient une amende à plusieurs milliards au numéro un bancaire, comme cela a été affirmé récemment par «Le Monde», «c’en serait fini des dividendes pour cette année», prévient Loïc Bhend. S’y ajoutent encore les incertitudes concernant les poursuites à propos du scandale de corruption lié au fonds souverain malaisien qui affecte aussi la grande banque.

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