Le récent rebond des marchés a pris des allures d'euphorie pour Credit Suisse. Lundi et mardi, le titre a affiché la plus forte hausse sur le SMI, totalisant des gains de 43% sur les deux premières séances, contre 16,5% pour l'indice de la bourse suisse. Les mesures annoncées de part et d'autre de l'Atlantique pour venir au secours du secteur bancaire ne justifient pas à elles seules l'envolée récente de l'action. Deux prises de participations de taille rendues publiques lundi soir après la clôture expliquent les mouvements spectaculaires enregistrés par le titre.

Un prix de 35 francs par titre

La société de participations israélienne Koor Industries a ainsi dévoilé lundi avoir acquis un paquet de 34 millions d'actions Credit Suisses, soit un peu plus de 3% du capital de la banque. Les titres ont été achetés au prix de 35 francs l'unité vendredi, au plus fort de la dégringolade des marchés. Ce paquet, acquis pour un montant de 1,2 milliard de francs, valait déjà plus de 1,7 milliard mardi soir.

De son côté, Morgan Stanley ne dévoile pas le prix que la banque américaine a versé pour acquérir la part de 6,87% dans le capital de Credit Suisse. L'opération, réalisée à la fois via des actions et des produits dérivés, est par ailleurs datée du 1er octobre, soit bien avant le plongeon de 40% essuyé par l'action Credit Suisse tout au long de la semaine dernière.

Comment une banque comme Morgan Stanley, largement fragilisée par la crise financière, peut-elle financer une transaction qui se chiffre à plusieurs milliards de francs? Pour Andreas Venditti, analyste à la Banque cantonale de Zurich (BCZ), l'établissement américain n'a pas agi pour son propre compte. Morgan Stanley, qui vient de se voir injecter 9 milliards de dollars par le japonais Mitsubishi UFJ Financial Group en échange d'une part de 20% dans son capital, ne dispose en effet pas des moyens nécessaires pour financer une telle opération.

Simple rôle d'intermédiaire

«Morgan Stanley ne joue qu'un rôle d'intermédiaire dans cette transaction», considère Andreas Venditti. La banque peut agir aussi bien pour le compte de ses propres clients que pour des tiers, estime l'analyste de la BCZ.

Une prise de participations pour des raisons d'ordre stratégique ne constitue pas non plus le scénario privilégié par les analystes de Dresdner Kleinwort, cité par l'agence ATS. Les titres de Credit Suisse acquis par Morgan Stanley pourraient, notamment, être utilisés pour servir de contrepartie à des produits financiers, estime la banque allemande.

Dans tous les cas, la baisse massive des valeurs liées au secteur financier la semaine dernière ne manque pas d'allécher les investisseurs. Dans ses propres recommandations récentes, Morgan Stanley citait justement les actions de Credit Suisse et de Julius Bär parmi ses titres préférés au sein du secteur bancaire européen. Mardi, Société Générale plaçait également l'action de Credit Suisse parmi ses valeurs favorites au sein du secteur financier.

Un actionnariat fragmenté

Reste que les deux prises de participations dans Credit Suisse annoncées à quelques heures d'intervalle par Koor Industries et Morgan Stanley modifient considérablement la répartition du capital du numéro deux bancaire helvétique. Hormis la propre participation de 14,39% détenue par Credit Suisse, aucun autre actionnaire ne dispose d'un poids aussi important dans le capital de l'établissement.