Nouvel épisode dans les tribulations du Credit Suisse au Japon. L'Agence de supervision financière japonaise (FSA) a terminé son enquête initiée en janvier dernier contre le Credit Suisse Financial Products (CSFP). «Le rapport ne contient aucune recommandation de sanction», précise André-Lou Sugar, porte-parole du groupe à Zurich.

A Tokyo, les médias prévoyaient mardi un avenir sombre pour la banque suisse. Certains médias affirment que les régulateurs recommandent la suspension voire la révocation pure et simple de la licence bancaire de la succursale tokyoïte du CSFP. Ce serait la sanction la plus sévère prononcée à l'encontre d'un établissement étranger dans l'Archipel depuis la Seconde Guerre mondiale. La chaîne de télévision publique NHK ajoute que les autorités pourraient demander une interdiction d'un an du démarchage de nouveaux clients par la banque fiduciaire Credit Suisse Trust and Banking. Ces informations ont été relayées par les agences de presse occidentales, AFP et Bloomberg en tête, et le cours du titre Credit Suisse perdait mardi 2,1% à la Bourse de Zurich.

Les médias japonais disposent-ils de bons tuyaux ou répercutent-ils des allégations sans fondements? Le rapport de la FSA n'est qu'un travail d'enquête que le «Top Financial regulator» étudiera avant de prendre sa décision finale, signale le Credit Suisse (CS). Pour Regina Anhorn, analyste de Lombard Odier & Cie, «le mal est fait. Le CS avait des projets ambitieux dans la gestion institutionnelle au Japon. Ils sont désormais remis en cause alors que d'autres se profilent sur ce marché comme Fidelity». Le groupe américain, l'un des principaux acteurs dans la gestion d'actifs pour compte de tiers, a annoncé mardi qu'il allait se lancer sur le marché japonais des fonds de retraite, après leur modernisation prévue l'année prochaine. «Il est plus facile de s'en prendre à une banque suisse qu'à un établissement américain, glisse l'analyste. La division du CS a travaillé dans une zone grise, comme la plupart de ses confrères. Aujourd'hui, les autorités japonaises veulent en faire un exemple.» Dans le cadre de la grande opération d'assainissement de la place financière japonaise, l'autorité de surveillance a également lancé une enquête sur les courtiers américains Lehman Brothers et Cresval Group.

Le CS, installé au Japon depuis 1977, emploie 700 personnes au Pays du Soleil levant. L'assureur Winterthour, qui fait partie du groupe, y détient deux succursales. L'autorité de surveillance japonaise accuse le CSFP d'avoir aidé des clients japonais à dissimuler des pertes. «Nous avons toujours soutenu que nous n'avons pas commis d'actes illégaux. Certains d'entre eux n'étaient toutefois que tolérés», explique André-Lou Sugar. Le système de défense du CS n'a pas changé ces derniers mois. Il estime se trouver aujourd'hui inquiété pour des pratiques qui sont monnaies courantes au Japon. Les autorités locales ont toutefois fait remarquer à l'institut que ses filiales avaient un talent tout particulier dans le domaine. L'affaire s'est ensuite aggravée quand il est apparu qu'une dizaine de ses employés à Tokyo et à Londres avaient tenté d'entraver l'enquête de la FSA. Ils ont depuis été licenciés ou suspendus suite à une enquête interne commandée par la banque au cabinet d'avocats américain Wilmer, Cutler & Pickering.