Comportement fautif. Tels sont les termes utilisés par l’autorité de surveillance des marchés financiers (Finma) pour décrire les lacunes de Credit Suisse en matière de lutte contre le blanchiment d’argent. Ces conclusions émanent de deux enquêtes menées par la Finma sur une période allant de 2006 à 2016, indique le gendarme financier dans un communiqué diffusé lundi.

L’une d’elles porte sur ce que la Finma décrit comme «une relation d’affaires importante de la banque avec une personnalité politiquement exposée», sans citer de noms. Il s’agit de l’affaire de détournement de fonds de l’ex-premier ministre géorgien Bidzina Ivanishvili par un gérant star de la banque. Celui-ci avait siphonné 143 millions de francs et s’était enrichi à hauteur de 30 millions au préjudice notamment du multimilliardaire géorgien entre 2007 et 2014.

A ce sujet: Le gérant déchu de Credit Suisse et «sa holding du crime financier»

Gérant fautif récompensé par la banque

Credit Suisse n’a identifié cette relation comme risquée que tardivement, estime la Finma. La banque n’a par ailleurs pas sanctionné le conseiller clientèle qui gérait cette relation d’affaires, en dépit des risques qu’il prenait enfreignant les règles de compliance de l’établissement. Ce gérant, qui a été condamné à 5 ans de prison début février, a au contraire perçu des primes pour ses performances, dénonce la Finma.

Lire aussi: La surveillance très floue de l’ex-star de Credit Suisse

L’autre investigation s’inscrit dans le cadre des scandales de corruption présumée visant la FIFA (Fédération internationale de football association), la société pétrolière brésilienne Petrobras et son homologue vénézuélienne PDVSA. Dans ces trois cas, dont la presse et la justice se sont déjà fait l’écho, la grande banque n’a pas fait toutes les vérifications nécessaires relatives à l’identité de ses clients. «Les manquements constatés s’étendent sur plusieurs années et se sont répétés», écrit la Finma.

Pas d’amende

Dans un communiqué diffusé lundi matin, la banque «reconnaît les conclusions du régulateur», mais assure travailler à renforcer les mesures déjà prises – la Finma exige que la banque mette en place d’ici à fin 2019 une vue d’ensemble automatisée des relations clientèle pour toutes les fonctions pertinentes. L’établissement souligne, en outre, le fait que les procédures n’ont débouché sur aucune amende, restitution de bénéfices ou limitation d’activités commerciales.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Credit Suisse a tenu bon sur les marchés – le titre gagnait 0,69% en milieu d’après-midi, dans un SMI en baisse. «On lui reproche une faille de contrôle des risques, pas d’avoir activement participé à du blanchiment», relève Loïc Bhend de chez Bordier & Cie. D’autres analystes pointent les perspectives de bénéfices annuels de 5-6 milliards de francs annoncées dans la presse dominicale par le patron de Credit Suisse, Tidjane Thiam.