Ce ne sera pas au premier trimestre de cette année que Credit Suisse aura redressé la barre. La grande banque a publié, mercredi matin, un avertissement sur ses bénéfices. Ou plutôt sur leur absence: elle affichera de nouveau des chiffres rouges en raison de provisions pour des anciens litiges, de pertes de crédit en lien avec la guerre en Ukraine et d’une dépréciation de valeur, selon un communiqué.

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Au quatrième trimestre de 2021, la banque avait déjà lancé un avertissement, notamment en raison d’une dépréciation d’actifs et de provisions supplémentaires. L’année s’était ainsi soldée par une perte de 1,57 milliard de francs. Le chiffre exact pour le premier trimestre de cette année n’est pas connu. Mais, annonce Credit Suisse, les provisions supplémentaires s’élèvent à 600 millions de francs, portant le total à 700 millions, pour des affaires datant de «plus de dix ans», selon la banque, qui ne donne pas de précisions.

Il est néanmoins probable qu’il y ait un lien avec l’affaire Patrice L., son ancien banquier star, condamné en 2018 pour des malversations et qui avait mis fin à ses jours en 2020. Une cour des Bermudes vient, en mars dernier, de donner raison à un ancien client, l’ex-premier ministre géorgien Bidzina Ivanishvili. Ce dernier a bien perdu plus de 550 millions de dollars en raison de négligences de la part de la banque, qui doit le rembourser, selon la justice. Credit Suisse a fait appel.

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A cela s’ajoute le montant de 200 millions pour les pertes de crédit et des provisions liées à la guerre en Ukraine. Enfin, la dépréciation, déjà annoncée dans le rapport annuel de 2021, est liée à la plateforme de fonds Allfunds et s’élève à 350 millions. Credit Suisse détient 8,6% de ce groupe coté à Amsterdam qui sert de réseau de distribution de fonds de placement.

«Déception»

Quant au contexte global pendant les premiers mois de l’année, il n’a pas aidé: «Nos résultats sont affectés par une réduction des émissions sur les marchés des capitaux et par une activité moins soutenue», poursuit le communiqué. Les pertes seront cependant en partie compensées par un recouvrement des provisions (170 millions) dans l’affaire du hedge fund Archegos, qui a fait faillite et plombé les résultats de la banque l’an dernier. Ainsi que par des gains immobiliers d’environ 160 millions.

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A l’ouverture de la bourse, l’action de la deuxième banque suisse perdait un peu plus de 1%. Pour les analystes, la nouvelle est évidemment négative: «Un autre trimestre de pertes est clairement une déception», estime Andreas Venditti, spécialiste des banques chez Vontobel, dans une note. Ce dernier s’était attendu à des effets négatifs d’environ 600 millions, mais «le total brut de ces effets, à 1,25 milliard, ou net, à environ 900 millions, dépasse nettement nos prévisions», ajoute-t-il.

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La banque publiera ses résultats détaillés le 27 avril, deux jours avant son assemblée générale, au cours de laquelle plusieurs thèmes risquent de susciter des débats. C’est le cas notamment de la décharge des administrateurs, proposée pour 2020 et pour 2021 mais sans les questions liées à une autre affaire, celle de Greensill. Société qui a fait faillite début 2021, elle avait créé avec Credit Suisse des fonds de placement gérant quelque 10 milliards de dollars et qui, depuis, ont été gelés et partiellement remboursés. L’influent conseiller aux investisseurs américains Glass Lewis a déjà recommandé de voter contre la décharge de 2020.