Banque

Credit Suisse a obtenu gain de cause sur tout

L’assemblée générale a beau avoir été houleuse, fait place à des critiques au vitriol et laissé entrer Greenpeace, tous les points à l’ordre du jour ont été acceptés. Y compris les rémunérations qui avaient fait l’objet d’un tollé, avant d’être révisée

Credit Suisse n’aura finalement essuyé qu’un seul véritable échec lors de son assemblée générale (AG) vendredi. Celui de la sécurité. Malgré des fourgonnettes de policiers et leurs chiens, un nombre incalculable de Securitas, l’inspection à la loupe du Hallenstadion avant l’arrivée des invités, malgré tout cela, des militants de Greenpeace ont trouvé la brèche.

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Egalement actionnaires de la banque, du moins pour la journée, les activistes verts ont trouvé le moyen de grimper au plafond, de façon à dérouler une banderole bouchant la vue sur les graphiques que Tidjane Thiam, directeur général, essayait de commenter pour montrer la performance de la banque l’an dernier, malgré la perte de 2,7 milliards de francs.

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«Je crois à la liberté d’expression et la démocratie»

«Stop Dirty Pipeline Deals» (Arrêter les deals sur les pipelines pourris), disait la banderole, en référence avec la supposée implication de Credit Suisse dans le financement indirect d’un pipeline du Dakota. Ce que la banque avait déjà nié. «Je crois à la liberté d’expression et la démocratie», a lancé Tidjane Thiam, assez diplomate, préférant esquiver la polémique avant de reprendre son discours.

«Arrêtez avec cette merde!»

C’était sans savoir que les interruptions allaient continuer. Quelques minutes plus tard, un autre actionnaire hurle aux militants de Greenpeace depuis le côté de la salle, qui comptait un peu plus de 1600 participants: «Arrêtez avec cette merde!» Un léger agacement monte du côté des dirigeants, interrompus à nouveau. «Aucune réaction», déclare Tidjane Thiam. Puis: «J’aimerais rappeler que ce jour est important pour le futur de notre entreprise.»

Il lui faut quelques minutes pour retrouver son humeur, alors que, coupé dans son exposé une troisième fois, il observe les militants redescendre du plafond et être cueillis par la sécurité. «En arrivant en Suisse, on m’avait dit que c’était un pays tranquille, stable, tout ceci, c’est beaucoup plus d’excitation que ce que j’imaginais», plaisante-t-il.

Le sapin de la Paradeplatz

Après Greenpeace, les dirigeants de la banque ont dû subir les interventions parfois au vitriol de certains actionnaires. «Le mieux chez Credit Suisse, c’est le sapin de Noël de la Paradeplatz, cela se confirme», s’est exclamé l’un des treize qui s’étaient inscrits pour prendre la parole en début d’AG.

Ils s’étranglent de la stratégie de la banque, autant que de l’irruption de Greenpeace: «Je ne comprends pas que cela ait été possible. Ils ne savent pas voler?», a renchéri l’un d’eux. Mais c’est la mauvaise performance de l’action et les rémunérations jugées excessives qui ont fait le plus parler. «Je vous trouve sympa, Monsieur Rohner. Monsieur Thiam aussi. Mais après ces belles paroles, j’aimerais vous rappeler que pour nous, cette année a été catastrophique», a assené un autre investisseur, ajoutant: «De tels salaires, c’est du vol légalisé, avais-je dit l’an dernier et cela ne change pas.» Dans le fond, «vous vous moquez des actionnaires», a également déploré un autre d’entre eux.

Ethos rabroué

En plus des bonus, Ethos s’en est pris directement à Urs Rohner, puis à l’abandon du projet de mise en bourse partielle de l’entité suisse de Credit Suisse, remplacée par une augmentation de capital. Stoïque la plupart du temps malgré les rafales de critiques les plus acerbes les unes que les autres, Urs Rohner ne peut cette fois plus se retenir: «Vous ne nous avez pas vraiment écoutés quand nous avons expliqué notre stratégie», rétorque-t-il directement à Vincent Kaufmann, directeur de la fondation qui conseille des caisses de pension suisses, sous les huées de l’assemblée.

Si les dirigeants en ont pris pour leur grade, ils ont pu laisser passer l’orage avec d’autant plus de sérénité qu’au final, ils ont eu gain de cause sur tout, qu’il s’agisse de la décharge des administrateurs et de la direction, des réélections, de l’attribution du bénéfice et même sur le point le plus contesté avant l’assemblée générale, celui des rémunérations. C’est le plan de rémunération qui a enregistré le vote le plus serré en étant accepté à 58%. Mais c’est anecdotique puisque c’est l’une des décisions non contraignante de l’assemblée générale, contrairement aux votes sur les points précis des salaires et des rémunérations variables à court et long terme, qui ont tous été largement acceptés.

Flot d’excuses

C’est néanmoins au sujet des rémunérations que les dirigeants ont montré quelques minutes d’humilité. Plusieurs d’entre eux, dont Urs Rohner et le président du comité de rémunération ont présenté leurs excuses pour n’avoir pas senti plus tôt que leur plan allait susciter un tel tollé. Juste avant Pâques, la banque a ainsi annoncé une baisse de 40% des bonus de la direction et un gel des salaires des administrateurs. Ces derniers ont tous été réélus et les nouveaux venus ont également été plébiscités, surtout le Vaudois Alexandre Zeller.

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Non seulement les responsables ont tout gagné, mais il est probable qu’ils le savaient en se rendant à Oerlikon vendredi matin. La décision de revoir les rémunérations et l’abandon deux jours plus tôt du projet de mise en bourse de l’entité suisse, ce qui déplaisait à de gros actionnaires, avaient sans doute pour but de satisfaire les plus importants des votants. Qui, souvent, glissent leurs bulletins bien avant l’AG. Cette dernière ne représentait que 1,2% des voix, même si un observateur de poids, Thomas Minder, à l’origine de la loi qui donne davantage d’influence aux actionnaires, était aussi présent dans la salle. Des voix très fortes, mais qui n’ont pas pesé lourd au moment de faire le décompte.

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