Pris de vitesse par ses concurrents américains, qui ont mieux su négocier le virage réglementaire de l’après-crise, le secteur bancaire européen se cherche un champion de la banque d’affaires. Ce ne sera pas Credit Suisse.

Mercredi, Tidjane Thiam, le nouveau patron de la deuxième banque suisse, a annoncé le remaniement de l’établissement. Après des mois de suspense et des rumeurs parfois les plus farfelues, le Franco-Ivorien a pris plusieurs mesures dont certaines étaient attendues.

Lire aussi : «La nouvelle stratégie de Credit Suisse divise les analystes»

A première vue, le remaniement n’a pas plus aux investisseurs, l’action perdant plus de 3,5% à la bourse. Des résultats au troisième trimestre jugés mauvais peuvent expliquer cette chute. Mais pas seulement. «Insuffisant», «minimum syndical», certains analystes financiers n’ont pas eu d’égard pour le nouveau venu qui avait pourtant suscité l’enthousiasme général lors de sa nomination en mars dernier.

Pourtant, le Franco-Ivoirien n’a fait que répondre aux attentes des actionnaires pour la plupart. L’augmentation de capital - aussi paradoxale que cela puisse paraître - était demandée par les analystes et les investisseurs eux-mêmes. Pour Tidjane Thiam, l’assise financière de l’établissement ne doit plus jamais constituer un sujet de débat lors de la publication des résultats de la banque.

Ainsi, la banque entre enfin dans la nouvelle ère bancaire. Elle n’est pas la seule à avoir éprouvé des difficultés. En témoigne les difficultés à répétition de Deutsche Bank, qui semble encore peiner à trouver la ligne à suivre, entre la banque d’affaires et la banque de détail. 

Nul doute que le plan de Tidjane Thiam prendra du temps à être mis en oeuvre. Il pourra y avoir de la casse, même si l’ex-patron de l’assureur britannique Prudential estime que les réductions de postes pourront se faire «naturellement», sans licenciements. Mais s’il semble pousser Credit Suisse à prendre un virage sec, c’est aussi parce que son prédécesseur n’a pas pris la mesure du changement. Sortant la tête plus haute qu’UBS de la crise, Credit Suisse s’est fait devancer par sa rivale.

Lire aussi: Credit Suisse prévoit de biffer 1600 postes en Suisse sur trois ans

On «reboote» Credit Suisse, a annoncé le Franco-Ivoirien mercredi matin. Il n’a guère le choix. Ces cinq dernières années, la deuxième banque suisse a fait partie des pires performances boursières du secteur, selon des données de Bloomberg. Elle a subi l’évolution réglementaire plus qu’elle n’a réussi à s’y adapter ou à profiter de nouvelles opportunités, comme les banques américaines.

L’Europe devra trouver un champion de la banque d’affaires ailleurs. Et c’est tant mieux pour la Suisse. Le pays peut largement se contenter d’un champion de la gestion de fortune, qui renforcera encore sa place financière.