Les comptes de Credit Suisse pourraient tomber dans le rouge au troisième trimestre. C'est ce qu'a pudiquement lâché le PDG Brady Dougan mercredi dernier devant des analystes de Merrill Lynch, faisant décrocher le cours de son action. Ce que le PDG s'est bien gardé de dire, c'est que cette perte pourrait bien être causée par l'opiniâtreté d'un mormon bigot et milliardaire, vivant avec sa femme dans une maison décrépie près de Salt Lake City.

John Huntsman, 72 ans, a promis qu'il se battrait «jusqu'à la mort» pour défendre son droit, celui de vendre son empire industriel Huntsman Corp à son principal rival, Hexion Speciality Chemicals.

L'opération pourrait coûter très cher à Credit Suisse et à Deutsche Bank qui s'étaient engagées à avancer plus de 15 milliards de dollars à Hexion pour racheter Huntsman Corp, six fois plus gros que lui.

Espoirs déçus

Les banques devaient toucher des honoraires importants grâce à cette transaction. Elles prévoyaient ensuite de revendre ces crédits à des investisseurs institutionnels sous la forme de dérivés. Ces espoirs ont été balayés par la crise financière, début 2008.

C'est d'abord l'acheteur qui a tenté de faire annuler la vente en juin dernier. Hexion Speciality Chemicals, propriété du milliardaire texan Leon Black et de son fonds d'investissement Apollo, a porté plainte devant une Cour du Delaware expliquant que la perspective d'une crise économique globale avait changé la donne du contrat qui le liait à Huntsman Corp. En retour, Huntsman a porté plainte contre Hexion puis contre les deux banques qui tentaient elles aussi de faire annuler l'accord.

John Huntsman vient d'obtenir gain de cause. Dans un premier arrêt rendu le 30 septembre, la Cour a d'abord accordé des mesures provisionnelles en faveur de Huntsman. Celles-ci ont été confirmées hier et transformées en injonction, qui ne sera levée que lorsque la fusion aura bel et bien eu lieu. De plus, la Cour a interdit aux deux banques de remettre en cause la viabilité économique du futur géant de la chimie pour chercher à se défaire de leurs obligations.

Ces revers judiciaires ont fortement pesé sur le cours du titre Credit Suisse, qui a fondu de 11,4% depuis un mois contre 5% pour UBS.

Le contrat signé entre Hexion et Huntsman prévoit une compensation de plus de 300 millions de dollars et le versement d'une prime de 8% sur le prix de l'action de Huntsman si la fusion n'était pas réalisée.

Changement de position

Ces décisions de justice ont semble-t-il engagé Apollo à revoir sa position. Le groupe a accepté jeudi de rajouter 540 millions de dollars en cash pour réduire l'ampleur du crédit bancaire nécessaire à Hexion pour avaler son concurrent. John Huntsman et sa famille, qui compte 8 enfants et 56 petits-enfants, toucheraient 1,2 milliard de dollars de cette vente.

«Les sociétés d'investissement ont pris le contrôle de l'Amérique et nous allons les combattre, a déclaré John Huntsman dans le Wall Street Journal. Ces types s'en sortent malgré leur comportement malhonnête, et je ne le tolérerai pas.»