Les deux grandes banques helvétiques ont publié un bénéfice en hausse. Les deux ont fait mieux que prévu. Mais une seule a obtenu les faveurs du marché vendredi. Credit Suisse, annonçant un bénéfice net bondissant de 78% à 303 millions de francs au deuxième trimestre, a vu son action gagner 3,3%. UBS, dont le bénéfice a augmenté de 14%, à 1,17 milliard au cours de la même période, a vu son titre perdre 3,4%.

Tidjane Thiam, directeur général de Credit Suisse, qui s’exprimait lors d’une conférence de presse à Zurich, s’est félicité d’avoir amélioré son «levier d’exploitation», ce qui signifie que les revenus augmentent, tandis que les coûts diminuent. Le produit d’exploitation a augmenté de 2% à 5,2 milliards, alors que les charges d’exploitation ont baissé de 8%, à 4,5 milliards. Surtout, la banque réalise un premier semestre dans les chiffres noirs, contrairement aux six premiers mois de 2016.

«A la mi-temps»

Pour analyser la situation aujourd’hui, «il faut se rappeler où nous étions en 2015», a souligné Tidjane Thiam, citant les défis auxquels la banque faisait alors face: une assise financière jugée trop faible, une base de coûts trop élevée et difficile à réduire, une croissance plus molle que ses concurrentes et des affaires du passé à régler.

Deux ans plus tard, «nous avons fait des progrès» sur tous ces points, a-t-il jugé, soulignant notamment que les fonds propres ont été renforcés, que le risque a diminué, de même que les coûts et que la croissance est non seulement plus forte, elle est aussi plus rentable. «Mais nous ne sommes pas encore où nous devons être.» Et le responsable d’enchaîner sur une métaphore footballistique dont il est coutumier: «On m’a demandé si la restructuration était finie. Non! Nous sommes à la mi-temps et personne ne gagne un match à la mi-temps. Tout le monde sait ça. Mais nous sommes tout à fait concentrés pour gagner à la fin de la partie.»

UBS satisfaite

«Compte tenu des conditions de marché, les résultats du deuxième trimestre ont été très bons et ont contribué à un premier semestre solide», a déclaré de son côté Sergio Ermotti, directeur général d’UBS, cité dans un communiqué. La première banque suisse a vu son résultat opérationnel grimper de 0,9% à 1,5 milliard mais son produit d’exploitation se réduire de 1,8% à 7,27 milliards. La performance de la banque d’affaires, entre autres, a porté UBS, avec un résultat opérationnel en hausse de 58,8% à 451 millions de francs. C’est la perspective que la banque doive mettre davantage de capital de côté, pour se conformer aux exigences réglementaires, qui a pesé sur le cours de l’action. Son ratio de fonds propres dits durs a en effet affiché un recul.

Les deux banques ont profité de la bonne tenue des marchés financiers entre avril et juin, de l’activité plus dynamique des clients, mais ont déploré la volatilité extrêmement faible. Chez Credit Suisse, l’afflux net de fonds a atteint 23 milliards sur l’ensemble du semestre, soit la «performance la plus importante de ces six dernières années», selon la banque. Pour UBS, l’afflux net d’argent s’est établi à 13,7 milliards (32,3 milliards en incluant le premier trimestre) dans la gestion de fortune. Mais l’entité américaine a enregistré des retraits nets de 6,2 milliards (contre une entrée de 1,9 milliard au premier trimestre).

Prudence pour la suite

Les analystes de Morgan Stanley, qui recommandent d’acheter les deux titres, ont souligné la performance dans la gestion de fortune d’UBS, et les résultats globalement solides de Credit Suisse, dans un contexte où les attentes étaient relativement faibles.

UBS s’est plainte des taux d’intérêt au plancher, qui continuent de plomber ses marges. Elle estime cependant que ce facteur pourra être compensé par les effets de la politique monétaire américaine, qui sort de sa période ultra-accommodante. De son côté, Credit Suisse estime que «la volatilité actuelle peu marquée, les inquiétudes géopolitiques et les périodes de faible activité clientèle [vont] continuer d’avoir un impact» sur son activité.