La politique familiale est l'un des facteurs de croissance du pays. Plus l'activité professionnelle des femmes croît et plus le volume de main-d'œuvre, et donc le produit intérieur brut (PIB), augmente, dit Brigitte Dostert, économiste de Credit Suisse, lors de la présentation d'une étude, mardi.

Les propositions de la banque contrastent avec la politique actuelle, notamment par une recherche systématique des meilleures incitations au travail pour les femmes, et par un ciblage des mesures afin d'éviter l'actuel principe de l'arrosoir que l'on retrouve à merveille dans les 4,7 milliards de francs d'allocations familiales. Un montant considérable qui n'empêche pas que le taux d'activité professionnelle des femmes ne dépasse pas 52% (en termes de volume du travail).

Le manque de possibilités de concilier carrière et obligations familiales menace souvent un développement continu sur le plan professionnel. Ainsi 48% des femmes universitaires décident de ne pas avoir d'enfants, contre 8% des femmes qui n'ont qu'un niveau d'instruction primaire. Mais il ne suffit pas de multiplier les possibilités d'activité professionnelle pour accroître l'offre de travail. Le manque d'infrastructures d'accueil des enfants et l'abandon forcé d'une carrière qui en résulte entraînent de lourdes pertes financières. Seuls 7,2% des enfants de 3 ans et 31% des enfants de 4 ans utilisent les institutions d'accueil (France: 64% et 98%; Autriche: 13% et 86%).

Les économistes de Credit Suisse regroupent la politique familiale en trois grands thèmes. Premier point: le régime fiscal actuel discrimine les couples mariés par rapport aux concubins. La Confédération et les cantons tentent d'y remédier en mettant en place des doubles barèmes, des modèles de «splitting» (imposition commune des revenus) et des déductions. Mais tout cela est très peu transparent et freine la concurrence fiscale entre cantons, selon Brigitte Dostert. CS propose d'y mettre fin par l'imposition individuelle. Les recettes fiscales diminueraient de 1,5 milliard à court terme. Mais l'accroissement des revenus à long terme compenserait les pertes initiales.

Deuxième point, le système d'allocations familiales actuel est l'instrument de base de la politique familiale. Les dépenses ont augmenté de 60% entre 1990 et 2002, à 4,7 milliards. Pourtant les allocations sont inefficaces contre la pauvreté et ne sont guère de nature à décider un couple à avoir des enfants. Les experts de la banque proposent un changement d'approche complet. L'essentiel pour augmenter la participation des femmes au marché du travail, c'est d'encourager l'accueil préscolaire. Ils proposent de ne plus subventionner l'offre (les structures d'accueil), mais de verser l'argent directement aux parents. A eux, ensuite, de confier leurs enfants aux voisins, parents ou à des institutions, mais pas nécessairement aux crèches. L'offre devra enfin s'adapter aux besoins des familles, selon Monika Engler, économiste du CS. Ainsi la Confédération est déchargée de son rôle de régulateur au profit des parents. L'incitation au travail est d'autant plus claire avec ce système que les bonifications sont versées en fonction du nombre de jours de garde. Plus le temps de travail augmente et plus l'allocation croît.

Accueil scolaire à renforcer

CS veut aussi tirer profit de l'accueil scolaire, à travers l'horaire continu, l'avancement de la scolarisation et l'école à journée continue.

Troisième point, CS veut réformer l'actuelle aide sociale qui ne récompense pas l'initiative individuelle. Le droit à l'aide sociale des personnes en âge de travailler qui ne s'efforcent pas de trouver un emploi serait réduit au minimum vital (incitation dite négative). Les bas salaires et les bénéficiaires de l'aide sociale qui reprennent un emploi toucheraient des allocations leur garantissant un revenu supérieur au montant alloué aux nécessiteux (incitation dite positive).