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Credit Suisse réduira davantage sa banque d’affaires

Le numéro deux bancaire helvétique biffera non pas 4000 mais 6000 emplois, principalement dans son unité de banque d’investissement Global Markets. Une perte est attendue pour le premier trimestre

La détérioration des conditions de marché depuis l’automne dernier a contraint Credit Suisse à prendre des mesures d’économies plus drastiques que celles évoquées en octobre. Après avoir déjà annoncé jusqu’ici la suppression d’environ 4000 postes – dont 1600 en Suisse – sur les quelque 48 000 que comptait le numéro deux bancaire helvétique à fin 2015, le groupe a revu mercredi à la hausse ses objectifs de réduction des coûts.

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Dans un communiqué, la banque a évoqué une «accélération du rythme de la réduction des coûts» durant le premier trimestre 2016. Désormais, le groupe prévoit d’éliminer 6000 emplois, après avoir déjà supprimé depuis le début de l’année 2800 postes dans toutes les divisions du groupe. Les nouvelles coupes concerneront principalement les activités de banque d’affaires, en particulier celles de l’unité Global Markets, comme l’a indiqué Tidjane Thiam, le directeur de Credit Suisse lors d’une conférence téléphonique mercredi matin. «Ces suppressions d’emploi concerneront principalement New York et Londres», a-t-il précisé.

Coupes massives dans l’unité «Global Markets»

En tout, Credit Suisse prévoit d’économiser «au moins 4,3 milliards de francs» d’ici à 2018, contre 3,5 milliards évoqués précédemment. Cette année déjà, le groupe ambitionne de réduire ses coûts à hauteur de 1,7 milliard de francs. En tout, sa base de coûts d’exploitation devrait être abaissée à moins de 18 milliards d’ici à 2018, contre une fourchette de 18,5 à 19 milliards évoquée précédemment et par rapport à un niveau de 21,2 milliards en 2015.

Ici aussi, l’unité Global Markets, qui regroupe les activités de négoce d’actions et les produits à revenu fixe, est au coeur de ces nouvelles mesures d’économies: ses coûts devront être ramenés à 5,4 milliards de francs d’ici à fin 2018, contre 6,6 milliards à fin 2015. S’agissant des activités de Global Markets, «une base de coûts élevée et peu flexible, l’exposition à des inventaires d’actifs illiquides dans nos produits à revenu fixe ainsi que les faibles niveaux d’activité de nos clients et des conditions de marché difficiles ont conduit à des résultats financiers décevants», a expliqué Tidjane Thiam dans un communiqué. De plus, Credit Suisse réduira massivement le portefeuille d'actifs de son unité de banque d’affaires: d’ici à fin 2016, les actifs pondérés des risques («RWA») de l’unité seront abaissés à 60 milliards de dollars, contre un objectif de 83 à 85 milliards jusqu’alors. L’objectif d’endettement sera abaissé d’un quart à 290 milliards de dollars.

Perte attendue au premier trimestre

Dans l’immédiat, une nouvelle perte avant impôts est attendue pour l’unité Global Markets au premier trimestre, bien qu’inférieure à celle de 3,5 milliards essuyée durant les trois derniers mois de 2015. Des correctifs de valeur à hauteur de 346 millions de dollars ont été portés en compte en date du 11 mars, après 633 millions au quatrième trimestre.

Ces mesures de restructuration ne resteront pas sans conséquences sur les résultats de l’ensemble du groupe. Credit Suisse devrait ainsi boucler le trimestre qui s’achève sur une légère perte, a prévenu Tidjane Thiam. Au quatrième trimestre 2015, la banque avait déjà publié une perte nette de 5,83 milliards de francs, principalement en raison d’un amortissement sur le goodwill à hauteur de 3,8 milliards lié à l’acquisition de la banque d’affaires américaine Donaldson, Lufkin & Jenrette (DLJ), rachetée en 2000.

Réaction positive des marchés

Les analystes ont dans l’ensemble salué cette série de mesures. «En termes de résultat avant impôts, l’unité Global Markets ne sera pas bénéficiaire au premier trimestre, mais la perte sera moins élevée qu’au dernier trimestre 2015», a commenté J. Safra Sarasin dans une note. La banque bâloise relève aussi les nouvelles indications positives concernant l’afflux d’argent frais au premier trimestre, en particulier dans l’unité helvétique (4,5 milliards de francs), dans la gestion de fortune internationale (7,1 milliards) et en Asie (3,6 milliards). Selon la banque Vontobel, ces mesures arrivent au bon moment. Avec le redimensionnement de la banque d’affaires gourmande en capital, Credit Suisse prend en compte des critiques émanant de son propre actionnariat, suppose la banque zurichoise. Après avoir bondi de 4% à l’ouverture, l’action Credit Suisse a clôturé en hausse de 0,9% à 14,45 francs jeudi.


Avec du retard, Credit Suisse suit la même voie qu’UBS

En psychologie, on parlerait de déni, suivi de l’acceptation. En annonçant mercredi la suppression de 2000 emplois en plus dans ses activités de banque d’affaires, Credit Suisse prend un virage stratégique qui ressemble toujours plus à celui effectué par UBS en 2012. Le numéro un bancaire suisse avait alors réduit drastiquement ses activités de banque d’affaires, en particulier dans les produits à revenus fixes.

Chez Credit Suisse, une telle stratégie s’est longtemps heurtée à la présence de l’ex-directeur Brady Dougan, lui-même issu de ce secteur d’activité. Puis, quand Tidjane Thiam lui a succédé en juillet dernier, l’ex-patron de Prudential a réaffirmé à maintes reprises l’importance des activités de banque d’affaires au sein du groupe, indispensables selon lui pour servir la clientèle ultra-fortunée, en particulier en Asie. Lors de la présentation de la nouvelle stratégie en octobre, il a évoqué tout au plus un «redimensionnement» de la banque d’investissement. «Je conteste complètement la vision du marché qui pense qu’on peut réussir en étant uniquement un acteur de la gestion de fortune», déclarait-il encore en février dans un entretien accordé au Temps. Désormais, la pression de certains investisseurs, et peut-être aussi celle émanant des rangs des propres actionnaires du groupe, a conduit Credit Suisse à reconsidérer le rôle de sa banque d’affaires.

Reste à savoir si l’opération ne risque pas de lui coûter beaucoup plus cher maintenant. La banque devra en effet liquider des actifs dans un environnement de marché devenu beaucoup plus instable que lorsque son rival a opéré son virage stratégique il y a quatre ans.


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